dimanche 12 décembre 2010

Clin d’œil : Mehri Shah Hosseini, une écriture qui nous vient d’Iran

Mehri Shah Hosseini.
Photo Arabian People & Maghrebian World.

Depuis sa création, Arabian People & Maghrebian World s’est fixé un projet, celui de parler, de présenter le monde artistique, culturel et littéraire du Maghreb et du Monde arabe et la Rédaction continuera dans cette voie qu'elle s'est fixée. Toutefois, nous avons décidé d’ouvrir une rubrique sur l’univers culturel d’autres contrées et, ainsi, présenter un portrait d’une personnalité ou un événement.
Aujourd’hui, « Clin d’œil » s'ouvre avec la poétesse iranienne Mehri Shah Hosseini dont la biographie ci-dessous -que la Rédaction choisit de publier exceptionnellement en anglais, de sorte qu'elle soit comprise par les lecteurs iraniens- présente l’impressionnant parcours de la poétesse.

Arabian People & Maghrebian World l’avait rencontrée lors du 4e festival international de Poètes à Paris qui s’est déroulé, dans la capitale française, fin septembre dernier. Sa poésie a reçu un accueil, notamment à l’Espace Le Scribe-l’Harmattan, des plus chaleureux chez les poètes participants comme Michel Cassir (Liban) ou Pierre Bastide (France) et un public de connaisseurs venu écouter les poètes. La musicalité de ses textes qui prennent pied dans les choses réelles (l'absence de l'époux, l'amour du fils, ...) fait que ce qui pourrait se percevoir comme une "poésie échotière" est transcendé par une texture des mots que la langue persane rend tout en profondeur. Et le regard limpide que Mehri Shah Hosseini porte sur l'univers des autres quand bien même serait-il douloureux, transforme ce dernier comme une sorte de renouveau, où tout n'est pas forcément gris...

■ Un parcours d’une extrême richesse
Born March 30th, 1953 at city of Ray (Iran), Mehri Shah Hosseini graduated from Tehran University in Persian literature in 1965, and attained librarian and Psychology of Children degrees.

She took Book keeping and Teenagers at Children’s book committee. Since 1966, she continued her work with newspapers and magazines such as “Ferdosi”, “Etela’at Haftegi”, “Etela’at” newspaper, “Keyhan”, “Tehran Mosavar”, “Adine” and “Karname” magazine. Writing in “Hamshahri” newspaper about environment in 1997 and in the same year, publishing poems and reports, in “Etemad” magazine. In 1997, writing and interviewing people in charge of environment issues in “Hamshahri” Newspaper.


In the same year, Mehri Shah Hosseini wrote an article in “Etemad” magazine about Iranian poems today. She was in charge of poem page in “Barg e Sabz” magazine and wrote some reports about environment in each published magazine from 1996 to 1998. Mehri Shah Hosseini has done some research and published them over the years : “A Glance at Persian Language Poets” (November 22nd, 2002 – UNESCO, Paris) ; “Rabe’e and Love” (December 2006 – ULB University – Brussels, Belgium) ; “Persian Language Princesses of Indian Goorkani Dynasty” (February 14th, 2008 –Alikareh University, India) ; “Rabe’e “ and Roudaki’s Relation in two stories of “Elahi Name” and “Golestan e Eshgh” (September 5th, 2007 – Rudaki International Conference, Dushanbe,Tajikistan) ; “Language and Indian Persian Language Women” (February 2nd, 2009 – Gauhati University, India, February 2nd, 2009).

■ Recueils de poésie
.Burnt Farm” which was published by “Ferdosi” (1971).
.I Make Love with His Name” which was published by “Mahnaz” (1998).

■ Participation à des conférences et des festivals
. Participation in fourth international woman conference in Beijing (1995) – and introducing “Iranian Female Poets”, published by “Modir” publication.
. Participation in the 2001 “Rudaki” committee and “Connecting Persian language people to Tajikistan people all over the world” committee, which took place in Tajikistan capital, Dushanbe.
. Participation in the sixth seminar (November 22nd, 2002) for “Research in Ancient Iranian Culture”, which took place at UNESCO headquarters in Paris.
. Participation in seventh seminar (December 2004) for “Research in ancient Iranian culture”, which took place at ULB University – Brussels (Belgium).
. Participation in “Alikareh University International Conference”, which took place in 2005, India.
. Participation in the August 12th, 2005 “Rudaki” Committee and “Connecting Persian language people to Tajikistan people all over the world” committee which took place in Tajikistan capital, Dushanbe where she was chosen (by the main members of the committee and the head of the “Joining Mr. Emam Ali Rahmanof”, the Tajikistan president – and Tajikistan Science Academy) as none governmental representative for “Connecting Persian language people to Tajikistan people all over the world” committee in Iran.
. Participation in February 14th, 2008 “Using Ghazal in Persian Literature” international seminar which took place at Alikareh University in India.
. Participation in March 21st, 2008 (Manama) Bahrain’s Poem festival, which took place at a non governmental organization called “Asre Ala Dabagh va Al Ketab”.
. Participation in the September 5th, 2008 “Rudaki” conference, which took place Tajikistan capital, Dushanbe.
. Participation in the February 2nd, 2009 international conference which took place at Gauhati University, India.
. Participation in 13th International Festival “Curtea de Arges poetry nights” Bucharest-Curtea de Arges, Romania in July 2009.
. Participation in 3rd and 4rd international festival of poetry in Paris in September 2009.

■ Prix et Distinctions
. Honors, Bahrain.
. Honors, Gauhati.

■ Autres ouvrages de Mehri Shah Hosseini
- “Iranian Women Poets” – Which introduced 330 poets from fourth century to 1995.
- “Discussion with Poets about The nature of poem” – Which she interviews twenty poets about their poems and the connection of these poems and nature.
- “Persian language poets in seven cities of love” – Which is about Persian language poets whom are not from Iran but write in Persian and their needs.

■ Autres poèmes publiés
. Publishing some poems in “Gardoon” magazine (1997).
. Publishing poems and writing in “Goharan” magazine (2004).
. Publishing poems and writing in “Nafe” magazine (2006).
. Publishing poems in “Payab” magazine (2007).

■ Poème pour la route


Expérience
Pour te rencontrer
Il faudrait passer au fond de la nuit
Et moi,
Je jetterai l’anneau que je porte au pied,
En éprouvant l’audace
Qui n’existe pas en moi.
Où vas-tu ?
Je réside ici.
Viens à moi,
Pour entendre ma parole
Maintenant que tu ignores l’écho de ma sincérité.
Franchis les instants
Et tourne,
Tourne-toi tout doucement
De sorte
Que ton ombre
S’unisse à la mienne
Dans un coin tranquille du monde.
تجربه
 برای ديدنت
 بايد ازعمق شب گذشت
 خلخال پايم را
 دورمی اندازم
 وشهامتی راکه درمن نيست
 تجربه می کنم
 کجا می روی
 نشانی ام اينجاست
 به اين طرف بيا
 تا حرف هايم رابشنوی
 حالاکه صميميت صدارا
 ازمن گرفته ای
 ارلحظه ها بگذر
 نرمک نرمک بچرخ
 بچرخ
 آنقدر که سايه ات
 با سايه ام يکي شود
 در گوشه ی دنجی
 ازجهان

lundi 6 décembre 2010

Taha Adnan, poète universel

Par Monia Boulila

Taha Adnan, poète d'origine marocaine installé en Belgique, est né le 2 août 1970 à Safi et a grandi à Marrakech. Licencié en Sciences économiques, il quitte le Maroc pour s’installer en Belgique. En sa qualité d’économiste, il travaille au sein de la cellule de Prospective de l’emploi dans l’enseignement de l’AGPE (Administration générale des personnels de l’enseignement) mise sur pied par le Gouvernement de la Communauté française de Belgique pour remédier à la problématique de pénurie des enseignants. Cependant, Taha Adnan est surtout un poète : « J’écris des poèmes en arabe depuis mon plus jeune âge. A travers eux, je tente de transformer mon insipide quotidien en instants extraordinaires ». Il écrit uniquement en arabe car, dit-il « on ne change pas de langue d’écriture comme on change de coupe de cheveux. Je suis arrivé en Belgique à 26 ans, en tant que « produit fini » comme je dis souvent, ma formation « terminée » et ma passion révélée. Il m’était difficile de pratiquer la poésie dans une autre langue que l’arabe, qui est la seule à se donner entièrement à moi ». Très jeune, il a participé, à Marrakech, à la création d’un cercle de jeunes poètes non-conformistes et contestataires pour faire lire et découvrir la poésie autrement. Le cercle lance alors une revue manuscrite, Al-Ghara Al-Shiriya.

Taha Adnan est également un grand animateur culturel car il est un habitué des salons et soirées littéraires dans le monde arabe, en Belgique et ailleurs. Cette vie entre deux mondes est pour lui « une quête continue d’un équilibre qui tarde à venir ». Le poème arrive comme une sorte de dialogue permanent entre ces deux mondes, entre les deux régions qui continuent à le construire : Marrakech et Bruxelles.

C’est ainsi qu’il devient le directeur du Salon littéraire arabe où participent des poètes aussi bien arabes que des poètes européens. De même, il coordonnera la production de l’astral artistique « Moussem » qui organise des soirées littéraires de poésie arabe d’amour, de beauté et de désir sans pudeur.

Taha Adnan est aussi un citoyen du monde qui fait de la poésie une langue. Il se cache derrière l'art poétique et se libère pour exprimer sa spécificité et son universalisme, pour embellir la réalité tout en dévoilant et exprimant ses convictions, ses réactions contre l’injustice et les contradictions de la vie. Il chante ses souvenirs et évoque la vie de tous les jours au Maroc.
C’est le poète qui transforme le quotidien terne en un instant brillant, et l’ordinaire, en merveille. « Transparences », son premier recueil de poésie a été édité par le ministère de la Culture marocain, en 2003, et une traduction française en a été faite puis publiée, en octobre 2006, chez L’Arbre à Paroles, maison d’édition belge spécialisée dans la poésie. Son dernier recueil « Je hais l’amour » a fait l’objet d’une publication chez Dar Nahda Al-‘Arabia à Beyrouth. La traduction française est signée Siham Bouhlal et en espagnol, par Antonio Lopez-Pena, cette dernière traduction étant bientôt éditée. 
M. B.
غربة الرّمل
 كأنّا مِنَ الرّمل
 نَبْدأُ هذي الخُطوط
 كأنّا مِنَ الرّمل
 نَبْدأُ هذي الخُطى
 وكأنّ الطريقَ التي بيْنَنا
 وسُهوبَ السّكينة ليست
 سوى خُدْعةٍ
 نَسجتْها العناكِبُ
 بين مسالِكِنا لاصطيادِ القَطا
 كأنّا من الرّمل
 نَبدأُ هذي الخُطوط
 كأنّا إلى ظُلمات الصحارى
 نُشَيِّع جَذْوَة هذا الحطَبْ
 أنتَ لَمْ تَسْتَبِنْ بَعْدُ يا طائراً أنْكَرتْهُ الأعالي
 بأيِّ الوِهاد يُغيّر رملُ القِفار ملامِحَهُ
 كيْ يُشَكِّل هندسة التّيه
 لَمْ تَسْتَبِنْ بَعْدُ أيُّ الفَراشِ الفَراشُ
 وَأَيُّ الفَراشِ كَذِبْ
 وها أَنْتَذا ستَظلُّ تعُبُّ الطّريقَ
 إلى أن يَصير لثلْجِ الهزائم بين حَنانَيْكَ
 حَرُّ اللّهَبْ قد حَذّرْتُكَ
 (هل تَذْكُرُ الآن؟)
 مِنْ أنْ تُسْلِم نعلَيْكَ
 للطّرُقِ البائِرةْ للمسارِ
 الذي قبل أن تَكْتَسي قدماك الأصابعَ
 جَرَّبَهُ خَطْوُ مَن سَبقوك
 انتضَوْا بيدَهُ وفيافيه
 يا كبدي
 منذُ فجر الرُّعونَة
ِ حتى أصيلِ التّعبْ
 كأنّا من الرّمل
 نَبْدأُ هذي الخُطوط كأنّا إلى غُرْبَةِ الرّملِ
 نَزْحفُ زَحْفا
 ليس كلُّ طريقٍ طريقٌ
 لهذا لَقِيتَ هنا في مهبِّ الرِّياحِ الشّريدَةِ
 حَتْفا وَتَظلُّ تَحِنُّ لِحُلْمٍ
 سحيقٍ تَشَهّى جُموحك
 فاسْتَلّ إشراقة قلبِك
 ثمّ رماك إلى حيثُ لا ضوْءَ ها
 أَنْتَذا تَهْمُد الآنَ مَنْف
Exil du sable
Comme si du sable
Nous commencions ces lignes
Comme si du sable
Nous commencions ces pas
Comme si le chemin qui nous sépare
Et les steppes de la tranquillité
Ne sont que pièges
Tissés par les araignées
A travers nos chemins
Pour chasser les gelinottes
Comme si du sable
Nous commencions ces lignes
Comme si, aux ténèbres des déserts
Nous accompagnons la flamme de ce bois
Toi l’oiseau ignoré par les hauteurs
Tu ne t’es pas encore aperçu
Par quelle plaine
Le sable du désert change ses apparences
Pour dessiner l’architecture de l’égarement
Tu ne t’es pas encore aperçu
Quel papillon est papillon
Et quel papillon est allusion?
Et te voilà
Continuant à boire la route d’un trait
Jusqu’à ce que la neige de tes défaites
Devienne entre tes compassions répétées
Une flamme brûlante
Je t’ai déjà averti
(T’en souviens-tu maintenant?)
De ne pas abandonner tes souliers
Dans les chemins en friche
Dans les parcours qui,
Bien avant que tes pieds ne s’habillent de doigts,
Les pas de ceux qui t’ont précédé
L’ont déjà essayé
Et ont traversé ses déserts et ses steppes
- Oh mon cœur -
Dès l’aube de l’insouciance
Au crépuscule de la fatigue
Comme si du sable
Nous commencions ces lignes
Comme si vers l’exil du sable
Nous rampions
Nous rampions
Tout chemin
N’est pas un chemin
Voilà pourquoi c’est ici,
Dans la tourmente des vents errants,
Que tu as retrouvé
La mort
Et tu demeureras
Nostalgique d’un rêve lointain
Qui a tant désiré ton exaltation
Il a retiré de ton cœur sa lumière
Et il t’a jeté là où
Il n’y a point de lumière
Et te voilà maintenant
T’éteindre
Exil.
(Traduit par Monia Boulila)

mercredi 24 novembre 2010

"Fragments" : une exposition de Sabiha Abdiche

Après une première exposition dont nous avions parlé, il y a plusieurs mois de cela (voir notre édition de juillet 2009), l'artiste-peintre algérienne Sabiha Abdiche nous fait le bonheur de nous donner une nouvelle palette de son talent vertigineux.

Son exposition "Fragments" - un titre évocateur de bien mystérieux méandres - se tiendra, du 29 novembre au 8 décembre 2010, au palace-hôtel El-Djazaïr, un bel écrin pour la "griffe" Sabiha Abdiche, dont le talent va crescendo et dont l'école de la peinture algérienne ne peut que s'en réjouir, même s'il passe par des chemins détournés propres à la jeune artiste.

dimanche 31 octobre 2010

Kateb Yacine, l'inoubliable...

Le 2e colloque international sur Kateb Yacine, écrivain, poète et journaliste algérien (1929-1989), ouvert mardi dernier à Guelma, la ville où naquit le grand auteur, a pris fin vendredi 29 octobre 2010.

Cet événement dont l'organisateur est l'Association de promotion touristique et d'action culturelle de Guelma, a réuni des spécialistes universitaires venus de Tunisie, d'Autriche, des Etats-Unis, de France et, bien entendu, d'Algérie dont Fadila Kateb, la soeur de l'écrivain, et Djamila Kabla Issiakhem, personnalité connue du monde culturel algérien et de notre Rédaction. L'omniprésence de Kateb Yacine, disparu il y a 21 ans, a suscité émotions et beaucoup de réminescences qu'une représentation théâtrale, en clôture, a imagées sous le titre de "Chevaya" et un devoir de mémoire rendu sur la tombe de l'écrivain.

jeudi 21 octobre 2010

"L'insoumis", vie du poète Mohand U M'hand : Grand prix du 4e festival du film amazigh


« L’insoumis », film sur Si Mohand U M’hand, le grand barde berbère d’Algérie ayant vécu fin du 19e siècle, a été récompensé par le Grand Prix du 4e festival du film amazigh d’Agadir (Maroc). Ce prix a fait plus d’un heureux : son scénariste Rachid Soufi et ses réalisateurs Lyazid Khodja et Rachid Benallal
Le film réalisé en 2006 a été totalement parlé en langue amazighe, respectant l’authenticité du personnage, des lieux et des textes de Si Mohand. Une heureuse coïncidence avec l’hommage qui a été rendu, dernière semaine de septembre, au Centre culturel algérien de Paris par plusieurs poètes français et algériens (voir article du mois dernier), cela dans le cadre des 4e Festival international de poètes à Paris  organisé par l'association Poètes à Paris, festival lui-même invité au 1er Festival mondial de la poésie d'Azeffoun (Algérie) dont la conceptrice est Djamila Kabla-Issiakhem et dont le nom n'est pas inconnu des Algériens et étrangers amoureux de l'Algérie, tous férus de l'histoire et de la culture de ce pays du Maghreb.

samedi 25 septembre 2010

Talal Hammad : "Que faire si je n'étais pas né à Jérusalem ?"


Par Monia Boulila


L’écrivain palestinien Talal Hammad, homme à plusieurs facettes, est romancier, poète et nouvelliste mais aussi un homme de théâtre. Né à El-Qods en 1951, il fait ses études primaires et secondaires en Palestine, Talal Hammad entame ensuite des études supérieures en sciences sociales à la faculté de Beït Lahm, études qu’il délaisse pour faire des études en droit à l’Université de Montpellier en France (1980-1983). Ses activités artistiques et littéraires sont diverses et c’est à un jeune âge (dès 1972) qu’il les commence par la traduction et la publication de textes traduits de l’hébreux et du français dans différents journaux, revues et sites sur le web. De même, dès la création de l’activité théâtrale, en Palestine occupée (après 1967), il s’engage dans l’écriture des textes et comme acteur en interprétant certains rôles. De 1990 à 1994, Talal Hammad occupe le poste de secrétaire général du Centre palestinien (à l’Institut international de l’UNESCO). Dans la foulée, il devient membre-fondateur du comité de l’Institut international du Théâtre méditerranéen (membre du comité de 1991 à 1993). Participant à plusieurs manifestations culturelles et artistiques (9e festival du Printemps de Sbeïtla, ...), il a contribué à l’organisation du Festival international du théâtre (Matar…).

Tout à ses activités d’homme de l’écriture et de théâtre, Talal Hammad n’en a, pour autant, oublié son peuple et en tant que résistant palestinien, il fait l’objet de plusieurs procès et détentions pendant deux ans (de 1974 à 1976). Il se verra interdire aussi de se rendre à Beït Lehem par le gouverneur militaire. Toute sa poésie est un véritable réceptacle de la terre qu’il ne désavoue jamais, tout comme ses pairs de la littérature palestinienne ; la Palestine est cette pierre sur laquelle il écrit des mots faits de son souffle profond et qui se révèlent dans leur bouleversant questionnement :
« Que faire si je n'étais pas né à Jérusalem ?
Que dois-je faire si je n'étais Palestinien ?
؟À l'origine ? »

Talal Hammad fait partie de cette grande saga familiale de la poésie palestinienne : il n’oublie pas qui il est. Et l’on n’oublie pas qui fait l’objet de son chant très ancré dans le politique mais, aussi, dans la veine poétique ... la terre palestinienne.

■ Publications
- « Témoignages sur la porte d’El-Qods », recueil de nouvelles (Tunis, 1985),
- « Pluie sur la fenêtre », recueil de nouvelles (Syrie, 1990),
- « Mort suspecte et d’autres… », recueil de nouvelles (Syrie, 1993),
- « Visages et masques », roman (Jordanie, 2009).

■ Ouvrages à paraitre
- « Rosée sur la fleur de mon âme », recueil de poèmes,
- « Grand vent à l’extérieur », roman.

■ Pause poétique avec Talal Hammad

Seul sans ma mère !!!
Je me suis perdu à « El Qods »
Et je ne me suis pas retrouvé à Ariha
Je me suis cherché à Amman
Et à Tunis, on m’a demandé si je serais mort
Je suis revenu à moi-même
Pour constater que la mort vilaine
 M’a rendu orphelin
Et que je suis
Devenu solitaire
Partout dans tout le pays
Sans ma mère
Qui me protègerait de moi-même
Si je mourrais Loin…
De mon exil originel.
!!!و حيد بدون أمي
أضعتني في القدس
 ولم أجدني في أريحا
 وفي عمّان بحثتُ عنّي
 فسئلْتُ في تونس إن كنتُ قد متُّ
 فعدْتُ إليّ
 لأرى أنّ الموت اللئيم
 قد يتّمني
 وأننّي
 أصبحتُ وحيداً
 في كلّ البلاد
 بدون أمّي
 فمن يحمني منّي
 إذا ما متّ بعيداً
 عن منفاي الأصل؟

vendredi 17 septembre 2010

Hommage au barde Mohand U M'hand au Centre culturel algérien de Paris

Si Mohand U M’hand (U Mḥend n At Ḥmaduc) est, à l’heure d’aujourd’hui, le barde chéri par une multiplicité de personnes, d'artistes et d'écrivains en Algérie. Chantre de la liberté, de la fierté, de l’amour, il aura assisté à la destruction à Icheraiouen (Chéraïouia), son village qui deviendra sous l’occupation française Fort National puis, à l’indépendance algérienne, Larbaa Nath Irathen. Son père tué et son oncle paternel déporté avec beaucoup de Kabyles vers la Nouvelle-Calédonie, le poète prendra le chemin d’un long exil, portant à bout de bras le chagrin de la terre perdue, de ses espérances avortées et le destin ensanglanté de son peuple, avant de disparaître à l’âge de 63 ans.
Cent ans après sa disparition, il continue d’être au cœur de tous les exilés, lesquels retrouvent en sa poésie nomade la parole qui les aide à porter leur propre exil et à ne pas en mourir à force de désespoir : ses « Isefra » (Poèmes) seront publiés à plusieurs reprises et l’on connaît la grande traduction qu’en a faite l’écrivain Mouloud Mammeri en 1969. Depuis, de nombreux hommages lui ont été rendus comme son histoire en un film, « L’Insoumis » de Yazid Khodja ... mais les commémorations de Si Mohand U M’hand ne s’arrêteront pas en si bon chemin car il est de ceux dont l’étoffe est faite d’airain malgré la vanité de notre existence ici-bas ...

Temmut ta3zizt ur nemmzir
Lmut a tettextir
Rebbi iteddu deg nneqma
Ay akal ur t-et&eyir
Mm la3yun n ttir Ta3fumt-as a lmuluka
D azawali wer t-tehqir
D yelli-s n'lxir Mehrumet si lgâhennama
Cahh ! aray eccahh !
(La mort choisit / Dieu se mettant contre / Ma raison m'a abandonné / Je suis le fils dépravé. / Il faut donc me résigner / Puisque le lâche se fait craindre / Tant pis ! Ô mon âme, tant pis !)
Le chantre de la poésie kabyle sera à l’honneur, le 29 septembre prochain, au Centre culturel algérien à Paris.

mercredi 15 septembre 2010

Le Mot de la Rédaction : Adieu à Mohammed Arkoun


Mohamed Arkoun n'est plus. Il s'est éteint, ce mardi 14 septembre 2010 à Paris. Il était âgé de 82 ans.

J'ai été l'une de ses étudiantes à la Sorbonne Nouvelle et même si je n'appréciais pas son côté abrupte dans sa manière d'enseigner, il n'en demeure pas moins que je respectais le philosophe, le penseur Mohamed Arkoun qui a tenté d'apporter une réflexion critique à la pensée musulmane et a beaucoup travaillé sur l'approche historique et logique de l'islamologie. Il nous a appris, à nous ses étudiants, à travailler avec la rigueur qui s'impose en toute recherche, à ne pas se contenter d'a priori ou d'idées fumeuses qui ne serviraient en rien la recherche en islamologie ou en tout autre recherche...

Il a écrit de nombreux ouvrages dont "La fibre humaniste dans la pensée arabe", "La pensée fondamentaliste", "Vers une autre histoire de la pensée islamique", "L’Islam, l’Europe et l’Occident", "Où est la pensée islamique contemporaine", "La pensée islamique : critique et Ijtihad" (effort de réflexion pour l’exégèse du Coran), "Lectures du Coran", "Penser l'islam aujourd'hui". Ces dernières années, il avait animé une émission à Radio Orient où il avait explicité ce qu'il entendait, par exemple, par "islamique" et "musulman"...

Pour l'historien-philosophe, les doctrines étaient faites par des doctrinaux qui n'étaient pas forcément des croyants (émission "Islam" sur France2) et les musulmans de la première période de l'Islam n'étaient pas les musulmans du 10e siècle, à Baghdad ou à Damas. L'auteur de la "Critique de la Raison islamique" posait la question de "Pourquoi recourir à l'histoire ?" si ce n'est "pour analyser justement le sens de la Foi". Pour lui, la "Raison a quitté la foi islamique".

Reproche que lui font bien des musulmans de l'Islam ritualisé d'aujourd'hui et non plus spirituel ; pour eux, cette manière de faire l'exégèse du Coran en se référant à l'histoire n'étant pas recevable, le Coran étant Parole inamovible, ne pouvant faire l'objet de critique historique parce que message divin.

Son inhumation aura lieu à Casablanca (Maroc) et non pas, comme on aurait pu le penser, en France ou en Algérie... parce qu'il l'avait souhaité. Il sera inhumé vendredi. Son épouse Touria el-Yaakoubi et sa fille Sylvie assisteront à cet ultime voyage ...

Au revoir, monsieur le Professeur ...

F. C-A.

dimanche 12 septembre 2010

Ammar Banni : poète algérien, ambassadeur universel de la paix


Par Monia Boulila
Une rose de sable immergée sur une mer des dunes de sable, de l'Erg oriental/(Algérie). Une Sève d'un palmier des Oasis du sud-est algérien. Une inspiration jaillie par la grâce de ce paysage où se marient la pensée orientale et l’occidentale pour qu'elles produisent une diversité culturelle et une harmonie civilisationnelle. Une navette permanente afin d'enrichir les connaissances et des savoirs dont la finalité est d’affirmer une osmose interculturelle et interreligieuse.

Tel est l'univers du poète algérien Ammar Banni. Sa conviction personnelle ? Pour celui qui n'accepte pas une autre pensée, idée, culture ou religion, viendra un jour où il refusera la présence de ses proches ou de sa famille. Professeur, auteur de plusieurs poèmes en français et en anglais, la carte de visite d’Ammar Banni révèle un homme aux valeurs reconnues sur le plan international parce que son credo est comme le dit ce vers de l’un de ses poèmes : « vous êtes les fourmis de la paix/ qui se déplacent à travers le monde » en parlant de ceux qui oeuvrent pour la paix universelle. Ambassadeur universel pour la paix (Genève, France), il est membre de la « Love Foundation » (USA), membre de la Société mondiale des poètes (1) et de l’Institut de Relations internationales et Stratégiques/Paris (2) ainsi que de l’IFLAC (International Forum for the Literature and Culture of Peace).

Défenseur de la non-violence,  Ammar Banni a fait de nombreuses conférences comme à Atlanta, Paris, Milan, Astana, valorisant ainsi le rôle des arts et de la poésie dans les relations humaines universelles et la construction de passerelles entre les différentes civilisations et ethnies. Il a reçu le prix « Atlanta Peace Garden » (3) organisé par le Martin Luther King, Jr. National Historic Site /Atlanta (USA) sur le thème de « Peace through Non-violence » et il est également co-auteur du projet « Académie Universelle pour la paix » (4).

mardi 7 septembre 2010

Yassin Adnan, incontournable auteur de la littérature marocaine d’aujourd’hui

Par Monia Boulila

Yassin Adnan, né en 1970 à Safi (Maroc), est poète, nouvelliste et journaliste. Enseignant l’anglais à Marrakech, il est concepteur et présentateur de l’émission culturelle « Macharif » sur la première chaîne de télévision marocaine Al-Awla. Il n’est pas à confondre avec son frère et jumeau, Taha Adnan, également poète.
Il est connu pour ses diverses activités dans le monde de la culture, télévisuel, journalistique et littéraire car, membre de l'Union des écrivains du Maroc, il est l'un des fondateurs de la revue littéraire arabe Voix modernes (Marrakech, 1992) et de la publication L’algarade poétique (Marrakech, 1994). En sa qualité de journaliste, il est correspondant littéraire du journal arabe londonien El-Hayat, du magazine littéraire Dubaï Al-Thaqafiya et membre du comité de rédaction du magazine arabe Zawaya (basé au Liban).

Yassin Adnan est un auteur aux œuvres multiples dont les principales sont Cuademos numero 5, ouvrage collectif coécrit avec Eloy Tizon (édition bilingue arabe-espagnol, Editions Alfar-Ixbilia, Séville, 2009) ; Marrakech : secrets affichés coécrit avec Saad Sarhane et préfacé par Juan Goytisolo (édition bilingue arabe-français, Ed. Marsam, Rabat, 2008).

Poète fécond, il se détermine ainsi, qu’il en est conscience ou non : Si j’étais né Palestinien/ On m’identifierait à une Cause, mais il s’interpelle aussi par les univers transcendants comme L’insaisissable, de son poème Le lac de la cécité ou l’effroi ressenti à la traversée de La rue des morts » ou encore Le trottoir de l’Apocalypse sans toutefois se départir de sa plume trempée dans une ironie, certes légère, mais non pas sans faire grincer un peu les dents. Aujourd’hui, il compte à son actif plusieurs recueils de poésie : Je ne vois qu’à peine (Editions Dar An-Nahda, Beyrouth, 2007), Le récif de l’effroi, recueil traduit en français par Siham Bouhlal (Editions Marsam, Rabat, 2005), Trottoir de l’apocalypse (Editions Al-Mada, Damas, 2003) et Mannequins (Editions de l’Union des Ecrivains du Maroc, Casablanca, 2000). Cependant, ce nouvelliste qu’il est aussi, a publié un recueil de nouvelles Pommes de l’ombre aux Editions de la faculté des Lettres Ben M’Sik (Casablanca, 2006) et Qui croit aux lettres (Caravan Books, Delmar, New York, 1996).

Collaborant à diverses revues arabes et internationales avec la publication de poèmes, de nouvelles et d’articles, Yassin Adnan a participé à plusieurs manifestations poétiques et festivals à l’étranger, dans le monde arabe et en Europe comme le Festival international de littérature de Berlin, le Salon littéraire arabe de Bruxelles, le Festival Dubaï Al-Thaqafiya à Dubaï, le Swedish-Lebanese-Moroccan Meeting à Beyrouth.
Mais il n’en oublie pas pour autant ses pairs puisque son émission « Macharef » est consacrée aux auteurs du monde arabe et aux personnalités de la culture.
L’écrivain franco-marocain Salim Jay ne dit-il pas dans le Dictionnaire des écrivains marocains que la poésie de Yassin Adnan se distingue par un goût avéré pour la facétie et que c’est un poète qui ne se voit jamais comme un être supérieur aux créatures qu’il évoque avec tendresse ou ironie. Un autre auteur, non des moindres, Abdellatif Laabi lui-même, écrit dans l’anthologie « La poésie marocaine de l’indépendance à nos jours » que Yassin Adnan se distingue par un grain d’ironie, parfois poussée à la dérision ravageuse.

Prochaines publications
- Under the sheltering sky of North Africa (en anglais).
- Jeunes, Internet et démocratie (en arabe).

Extrait de Je te surprends par la fleur

A Imen (1)
Je vais te surprendre par la fleur
Par son feu vert
Par la nouvelle « Evelyne » de James Joyce
Par une danse des ballerines
Par la dernière nouvelle du Bosphore
Par les fleurs
Par le mâle des fleurs
Du balcon
De ce haut balcon
Pourquoi quand dorment les gens
Moi, je veille ?
Pourquoi qu’au moment où les gens perdent la foi,
Moi, je crois….. ?
Pourquoi la joie me torture ?
Pourquoi la pluie douce me torture et mouille mes rêves ?
Avant d’étaler mes miroirs
Sur une vieille fenêtre
Et puis….
Moi, je te désire
Je te désire au téléphone
Dans la guitare
Dans le réveil matinal
Dans la soirée d’hier
Dans le verre et dans l’après-verre
Dans les murmures et bien avant les murmures
Et dans l’entre deux
Mais les chansons qui étaient miennes
Dorment maintenant
Dans la panne de la radio
Hier, j’ai lu ton mail
J’ai eu une pensée à Armanoussa (2)
Et j’ai pensé à Jorji Zaidane (3)
Mais le Caire n’est pas Alep
Et le lait où j’ai nagé
En approchant ton sein
Est devenu fromage dans la mémoire
Pourquoi devrions-nous aimer ainsi, de loin
Tout en pensant aux pigeons voyageurs
Tout en pensant à la brillance
Qui éclaire l’esprit et que le cœur renie
Au vent du nord
Comment t’appelles-tu ?
Imen : m’a-t-elle dit
Mais mon chemin est un mécréant
Et encore plus de pêchés m’attendent
Elle a alors sourit...
(Traduction de Monia Boulila)

إلى إيمان

سأفاجئكِ بالوردةِ

بنارها الخضراء
سأفاجئكِ
بقصة "إيفلين" لجيمس جويس
برقصة الباليرينا
في قصة بوزفور الأخيرة
بالوردِ
بذَكَر الورد
بالشرفةِ
تلكَ العاليهْ

لماذا حينما ينامُ الناسُ
أسهرُ أنا؟
لماذا حينما تكفُر الخلائق
أومِنُ أنا؟

لماذا تعذِّبُني الفرحة
والمطرُ الخفيف يعذبني
ويبلّل أحلامي
قبل أن ينشر مراياي
على شُبَّاك قديم

ثم إنِّي أشتهيكِ
أشتهيكِ في الهاتف
وفي القيثارة
في الصحو باكراً
وفي سهرة الأمس
في الكأس وما بعدَها
في الهمس وما قبلهُ
وفي البين بين
لكنَّ الأغاني التي كانت لي
ترقُد الآن
في عطالة المذياع

أمس
قرأتُ إيميلكِ
ففكرت في أرمانوسة
وترحَّمتُ على جرجي زيدان
لكنَّ القاهرة ليست حلب
والحليب الذي سبحتُ فيه
وأنا أُبادِرُ نهدك
صار جُبنةً في البال
لماذا علينا أن نحبَّ هكذا عن بُعد
ونفكر في الحمام الزاجل
في اللمعةِ
تبرقُ في الذهن فيُنكرها القلب
وفي ريح الشمال

ما اسمكِ؟
قالتْ: إيمان
- ولكنَّ طريقي كافرٌ
والمزيدُ من المعاصي بانتظاري،
فابتسَمَتْ..

فكرتُ في زنوبيا
في جلال الدين الرومي
في صبري مدلّل
وفي "يا مال الشام
  
لكنَّ الشام ليست حلب
والموسيقى التي في الروح
لا تسمعها الآلات
انفُخي في ناي البُعد
لتدنُوَ ريحُكِ
وأشعلي الغيوم في قنديل المساء
أمطري قليلاً
لتخضرَّ صحرائي
وأعيدي غيمة الحليب
إلى دولاب نسيانك
لأتذكر سماءك أكثر
وأحلم ليلاً
بنجوم عينيك

...قلتِ لي: اسمُكِ
..آهٍ
.لكَمْ آمَنْت

__________________________________________________
1. Imen : nom désignant croyance et foi.
2. Armanoussa : princesse égyptienne.
3. Jorji Zaidane : écrivain libanais.

mercredi 25 août 2010

Nadia Sebkhi ou les mots au-delà des vénalités terrestres




Nadia Sebkhi
Nadia Sebkhi est une auteure algérienne qui, pourrait-on penser, n’est pas de ces auteurs du Maghreb se mouvant sur le territoire de leurs douleurs ancestrales, parce que lorsqu’on est à lui parler, toute sa personnalité se révèle dans la douceur. Et pourtant. De la lire, nous ouvre un univers où l’âme est « rongée de noires afflictions » parce qu’elle rencontre sur son chemin les profanateurs du rêve comme la découvrent ces vers : « Agité vers nulle part, mon cœur / Est en pointillé, / Déroutée vers nul rivage, mon âme / Est troublée, /Désarmé vers nulle force, mon esprit / Est brouillé. / Pour la millionième fois, je ressasse / Mes peurs querellées / De ma sombre peine au-dessus / Des démêlés ; / De grâce pourquoi le déferlement de prêches / Ne purifie guère les âmes et n’adoucit / Aucunement les brèches ? [...]
Le mal savoure goulûment sa dragée et plonge Dans la schizophrénie, / Traduisant de la déperdition Insane vers l’infini / J’arpente le sentier de ma désolation, / Mon âme rongée de noires afflictions »...


Romancière, poétesse prolifique, Nadia Sebkhi n’impose pas des rêves, ou alors, elle les tisse en filigrane pour ne pas les perdre et l’on est assis à sa chaise, découvrant fil à fil la « consternation » de l’incompréhension et l’espérance blottie çà et là dans son écriture. Comme pour ne pas oublier que l’espace n’est pas seulement fait de douleurs, qu’il est aussi magie de l’instant, du mot qu’elle déroule « avec passion ». Fermant le portail sur la prison, ouvrant le regard et l’esprit sur la devanture d’un extérieur qui vous enrichit et vous signifie que les mots sont libérateurs des lieux ravagés.


Malgré un emploi du temps chargé en raison de la préparation du prochain numéro de L’ivrEscQ, la revue littéraire dont elle en est directrice de publication, Nadia Sebkhi a bien voulu accorder cette interview à Arabian People & Maghrebian World.


Arabian People : Vous souvenez-vous de votre tout premier écrit ?
Nadia Sebkhi : Je me souviens surtout de ma passion pour le mot. Toute petite à peine, je déchiffrais les lettres, j’aimais la magie du vocable et l'odeur des livres. A l’école primaire, lorsque la maîtresse de français nous demandait la signification d’un mot, je m’empressais à répondre par passion pour le mot lui-même contrairement aux autres matières alors que, depuis toujours, j’excellais en mathématiques et en sciences. D’ailleurs, pendant que les petites filles jouaient à la poupée, je collectionnais des mots que je pliais comme des lettres en les cachant un peu partout dans des livres ou des tiroirs précieusement. Il m’arrive de trouver des mots datant de mon enfance dans des livres. Voilà, en fait, mon premier souvenir de l’écriture.
Arabian People : Comment vous est venue cette envie d'écrire ? Etait-ce diffus ou quelque chose qui est arrivée progressivement, à la suite d'un "déclic" ?
Nadia Sebkhi : Toute jeune, je lisais tout ce qui me tombait entre les mains et lorsque je terminais ma lecture, j’écrivais la suite de ce que je lisais, à croire que le livre me semblait inachevé. Plus tard, à dix-sept/dix-huit ans, j’écrivais ma rébellion et tout ce qui me tenaillait de l’intérieur en amour, désamour, tabous et toutes les facettes du fatum. Cependant, la phrase creuse sans style poétique était raturée de facto de mon registre. J’avais un interminable cahier journal dans lequel chaque détail aussi ténu soit-il dans le temps ou dans l’espace était important. A partir de ces fragments de textes, je construisais mon histoire.
Arabian People : Bien que notre question peut vous paraître "dénudante", si vous aviez à vous définir, comment vous voyez-vous ?
Nadia Sebkhi : Insatiablement quêteuse. J'escalade vers le beau, l'absolu, l'inaccessible. Aussi, ce qui semble vital et important chez certains est sans importance chez moi ; bien évidemment, je pointe de l’index le syndrome de cette soif de posséder, du gain et de la vénalité. Je me surprends souvent naïve dans ma foi en l’autre. Mon grand leurre est que je crois profondément en l’être, niaiserie de ma part, mais c’est ainsi ! Néanmoins, je ne veux aucunement me muer en automate par une société qui façonne des êtres dans un conformisme tacite quand, pourtant, l'aigreur est de mise dans mon milieu professionnel. Etrangement, comme par grâce, à partir de ces interminables ''questionnements'', l’écriture se révèle féconde.
Arabian People : On dit que nos écrits sont toujours le reflet de notre Moi. Croyez-vous que cela soit vrai ? N'y a-t-il pas aussi le reflet de l'Autre ?
Nadia Sebkhi : Bien évidemment, le Moi est la force de nos écrits sans oublier que tout ce qui gravite autour tisse la trame de la vie ou même de l’écrit. Il arrive que par lubie, on raconte des délires dans nos écrits, mais ce sont des folies légitimes ; l’écrivain n’a jamais été un moralisateur ou donneur de leçon ; dans mon prochain roman, j’écris un être infâme, pourri jusqu’à l’impensable et parallèlement, un autre personnage, totalement son opposé. En fait, tout le long de mes romans, je campe des personnages Ange et Démon ou mi-ange mi-démon.
Arabian People : Lequel des deux a le plus votre faveur, dirons-nous : la poésie ou le roman ?
Nadia Sebkhi : J’aime ces deux exercices de l’écriture. Dans mes écrits, la poésie est l’instant fort empli d’émotions qui découlent. En revanche, avec le roman, j’ai du recul et l’écriture du roman reste longue et prenante. D’ailleurs, je ne puis comprendre l’écriture d’un roman sur commande. Cette réalité est effrayante pour la littérature universelle, d’où ma réponse à votre troisième question.
Arabian People : Vous êtes directrice de publication de L'ivrEscQ, le magazine littéraire : quelle est, aujourd'hui, la place des écrivaines/poétesses algériennes dans la littérature algérienne d'abord, puis dans la région méditerranéenne ?
Nadia Sebkhi : J’ai la chance et le hard boulot d’être à la croisée de la littérature algérienne. Triste réalité, les femmes écrivent de moins en moins, on ne voit pas la relève. Elles sont découragées par la complexité de l’édition, et l’éditeur lui-même a peur de promouvoir les auteurs car la machine promotionnelle est coûteuse. En définitive, les gens veulent lire mais ne savent pas quoi lire car les livres sont sous-médiatisés. L’ivrEscQ est le seul magazine en Algérie à promouvoir la poésie et la littérature avec ce pari de faire revenir le livre sur la scène socioculturelle. Je termine avec cette pointe d’optimisme : lorsque nous présentons des livres sur L’ivrEscQ, ils deviennent meilleures ventes, nous sommes contents d’être la passerelle entre les acteurs du livre et le consommateur. Cependant, nous avons encore du pain sur la planche.
-o0o-


Biographie de l'auteure
Nadia Sebkhi est chimiste de formation. Associée à la Société française SIPP : « de ma passion des laboratoires, de cette précision absolue des formules de la chimie, se révèle ma passion du verbe » dit-elle. Son premier roman Un amour silencieux est une prose sensuelle parue en 2004 aux éditions Dar El-Gherb. En 2006, c’est la publication d’un recueil d'errances, Sous le voile de mon âme. Les sanglots de Césarée et La danse du jasmin vont paraître prochainement.Ayant collaboré à plusieurs revues algériennes, en 2008, elle est fondatrice de la revue littéraire algérienne L'ivrEscQ. Elle a participé à plusieurs conférences en Algérie et à l'étranger parmi lesquelles les plus marquantes :
. 14 juin 2005, conférence autour du roman « Un amour silencieux » à la Bibliothèque Nationale d’Algérie.
. 24 juillet 2005, conférence intitulée « Rendez-vous des écrivains francophones et arabophones » au palais de la culture de Djelfa à l’occasion d’un colloque.
. 15 mai 2006, conférence intitulée « L’écriture au féminin » autour du livre «Sous le voile de mon âme».
. Juillet 2006, conférence intitulée « Rompre le silence » à un important forum des femmes de la Mitidja victimes du terrorisme.
. 28 septembre 2006, errance poétique à la Galerie Benyaa organisée par le groupe EAC Paris.
. 20 décembre2006, conférence intitulée « Voix plurielles » au palais de la culture Moufdi Zakaria.
. 24 mars 2007, conférence intitulée « Ecriture féminine algérienne de l’époque médiévale à ce jour » au Salon du livre de Paris, organisée par le Gouvernement français.
. 27 novembre 2007, conférence intitulée « Thèmes récurrents des écrivaines arabo-berbères » à un colloque international avec les écrivaines du monde arabe à l’occasion d’« Alger, capitale de la culture arabe 2007 ».
. 28 décembre 2007, conférence intitulée « Femmes écrivaines dans les sociétés africaines » en Guinée, rencontre organisée par PEN International.
. 24 janvier 2008, participation à une conférence autour de Kaddour M’hamsadji et d’Albert Camus à la Bibliothèque Nationale d’Algérie.
. 19 juin 2008, conférence : l'acte d'écrire, autofiction et rapport au réel dans le roman au Centre culturel français de Constantine dans le cadre de la coopération culturelle franco-algérienne.


mercredi 18 août 2010

Voyage en Algérie : rencontre impromptue avec Hayat-Eddine Khaldi

Hayat-Eddine Khaldi (gauche) et Souad Medja (droite). 


Nous sommes en fin de matinée. Sur les ondes de la station radio algérienne de langue française – la Chaîne 3 – l’émission « Point par point » est lancée par une voix vive, enjouée. Celle de la jeune animatrice Hayat-Eddine Khaldi (à gauche de la photo ci-contre). C’est à cette émission qu’elle invitera l’une de nos rédactrices, première étape du Spécial « Voyage en Algérie » que nous avons présenté en juillet dernier. L'émission est, depuis, remplacée par un autre programme...
Hayat-Eddine Khaldi est une jeune femme vive, aux cheveux noirs et aux yeux sombres brillants, pétillants de joie de vivre et de gentille malice. Elle n’est pas sortie tout droit d’une école de journalisme mais de la sérieuse Ecole nationale d’Agronomie d’Alger avec, en poche, un diplôme et une spécialité en foresterie et protection de la nature.

C’est pourtant dans l’animation radiophonique qu’elle commence avec des émissions sur l’environnement et, depuis, Hayat-Eddine Khaldi continue de faire carrière. Un parcours tonifié par sa personnalité dynamique et son incroyable contact avec des auditeurs qui, il faut bien le dire, téléphonent aux émissions qu’elle animera l’une après l’autre, plus pour échanger avec elle quelques mots que de se frotter aux questions des jeux qu’elle présente depuis six ans.

L’émission « Point par point », dont la conception et la production est de Mouloud Maatoub et réalisée par Souad Medja (à droite de la photo ci-dessus), ne durera qu’une année, tous les jours de la semaine. Une programmation qui reliait les citoyens algériens, sur la route, à leur travail ou à la maison, créant un monde « parallèle » qui donnait envie d’ouvrir ses dictionnaires pour apporter des réponses aux questions malicieuses de l’animatrice ... Bien sûr, elle ne se cantonnera pas à cela puisqu’elle présentera une grande émission, animée et réalisée par Yazid Aït Hamadouche qui n’est autre que l’animateur-réalisateur d’une autre émission consacrée à l’univers télévisuel et aux « accros » du petit écran. Elle surenchérit avec « Awtar », émission télévisée consacrée à la musique algérienne sur Canal Algérie, au cours de laquelle elle recevra des grands noms de la variété algérienne comme Saloua (dite Madame), Nadia Benyoucef, Khaled, Mohamed Lamine ou Biyouna.
Hayat-Eddine Khaldi sera l’invitée de l’émission musicale « Va y avoir du son » où chaque invité propose une « play » personnelle basée sur un choix de trois chansons qui se rattachent à des souvenirs personnels. Cette émission, animée par Amel Feddi et Hakim Cheniti, connaît un grand succès auprès des jeunes algériens. Ce parcours étonnant d’une jeune femme qui se destinait à la forêt et à l’environnement, ne l’est pas tant que cela parce que, dans son milieu proche, l'esprit d'ouverture préexiste car, il faut le préciser, elle n'est autre que la nièce, du côté maternel, de l’historien Amar Belkhodja, lequel citera respectivement l'animatrice et sa mère (qui lui apportera son aide dans sa recherche d'informations sur le poète Himoud Brahimi dit Momo dans son livre consacré au chantre de la Casbah (vieille ville) d’Alger et disparu en 1997. De cette esprit d'ouverture sur le monde, on peut dire que le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre.
Arabian People & Maghrebian World tient à remercier Hayat-Eddine Khaldi pour avoir bien voulu répondre à toutes ses questions.
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