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lundi 6 décembre 2010

Taha Adnan, poète universel

Par Monia Boulila

Taha Adnan, poète d'origine marocaine installé en Belgique, est né le 2 août 1970 à Safi et a grandi à Marrakech. Licencié en Sciences économiques, il quitte le Maroc pour s’installer en Belgique. En sa qualité d’économiste, il travaille au sein de la cellule de Prospective de l’emploi dans l’enseignement de l’AGPE (Administration générale des personnels de l’enseignement) mise sur pied par le Gouvernement de la Communauté française de Belgique pour remédier à la problématique de pénurie des enseignants. Cependant, Taha Adnan est surtout un poète : « J’écris des poèmes en arabe depuis mon plus jeune âge. A travers eux, je tente de transformer mon insipide quotidien en instants extraordinaires ». Il écrit uniquement en arabe car, dit-il « on ne change pas de langue d’écriture comme on change de coupe de cheveux. Je suis arrivé en Belgique à 26 ans, en tant que « produit fini » comme je dis souvent, ma formation « terminée » et ma passion révélée. Il m’était difficile de pratiquer la poésie dans une autre langue que l’arabe, qui est la seule à se donner entièrement à moi ». Très jeune, il a participé, à Marrakech, à la création d’un cercle de jeunes poètes non-conformistes et contestataires pour faire lire et découvrir la poésie autrement. Le cercle lance alors une revue manuscrite, Al-Ghara Al-Shiriya.

Taha Adnan est également un grand animateur culturel car il est un habitué des salons et soirées littéraires dans le monde arabe, en Belgique et ailleurs. Cette vie entre deux mondes est pour lui « une quête continue d’un équilibre qui tarde à venir ». Le poème arrive comme une sorte de dialogue permanent entre ces deux mondes, entre les deux régions qui continuent à le construire : Marrakech et Bruxelles.

C’est ainsi qu’il devient le directeur du Salon littéraire arabe où participent des poètes aussi bien arabes que des poètes européens. De même, il coordonnera la production de l’astral artistique « Moussem » qui organise des soirées littéraires de poésie arabe d’amour, de beauté et de désir sans pudeur.

Taha Adnan est aussi un citoyen du monde qui fait de la poésie une langue. Il se cache derrière l'art poétique et se libère pour exprimer sa spécificité et son universalisme, pour embellir la réalité tout en dévoilant et exprimant ses convictions, ses réactions contre l’injustice et les contradictions de la vie. Il chante ses souvenirs et évoque la vie de tous les jours au Maroc.
C’est le poète qui transforme le quotidien terne en un instant brillant, et l’ordinaire, en merveille. « Transparences », son premier recueil de poésie a été édité par le ministère de la Culture marocain, en 2003, et une traduction française en a été faite puis publiée, en octobre 2006, chez L’Arbre à Paroles, maison d’édition belge spécialisée dans la poésie. Son dernier recueil « Je hais l’amour » a fait l’objet d’une publication chez Dar Nahda Al-‘Arabia à Beyrouth. La traduction française est signée Siham Bouhlal et en espagnol, par Antonio Lopez-Pena, cette dernière traduction étant bientôt éditée. 
M. B.
غربة الرّمل
 كأنّا مِنَ الرّمل
 نَبْدأُ هذي الخُطوط
 كأنّا مِنَ الرّمل
 نَبْدأُ هذي الخُطى
 وكأنّ الطريقَ التي بيْنَنا
 وسُهوبَ السّكينة ليست
 سوى خُدْعةٍ
 نَسجتْها العناكِبُ
 بين مسالِكِنا لاصطيادِ القَطا
 كأنّا من الرّمل
 نَبدأُ هذي الخُطوط
 كأنّا إلى ظُلمات الصحارى
 نُشَيِّع جَذْوَة هذا الحطَبْ
 أنتَ لَمْ تَسْتَبِنْ بَعْدُ يا طائراً أنْكَرتْهُ الأعالي
 بأيِّ الوِهاد يُغيّر رملُ القِفار ملامِحَهُ
 كيْ يُشَكِّل هندسة التّيه
 لَمْ تَسْتَبِنْ بَعْدُ أيُّ الفَراشِ الفَراشُ
 وَأَيُّ الفَراشِ كَذِبْ
 وها أَنْتَذا ستَظلُّ تعُبُّ الطّريقَ
 إلى أن يَصير لثلْجِ الهزائم بين حَنانَيْكَ
 حَرُّ اللّهَبْ قد حَذّرْتُكَ
 (هل تَذْكُرُ الآن؟)
 مِنْ أنْ تُسْلِم نعلَيْكَ
 للطّرُقِ البائِرةْ للمسارِ
 الذي قبل أن تَكْتَسي قدماك الأصابعَ
 جَرَّبَهُ خَطْوُ مَن سَبقوك
 انتضَوْا بيدَهُ وفيافيه
 يا كبدي
 منذُ فجر الرُّعونَة
ِ حتى أصيلِ التّعبْ
 كأنّا من الرّمل
 نَبْدأُ هذي الخُطوط كأنّا إلى غُرْبَةِ الرّملِ
 نَزْحفُ زَحْفا
 ليس كلُّ طريقٍ طريقٌ
 لهذا لَقِيتَ هنا في مهبِّ الرِّياحِ الشّريدَةِ
 حَتْفا وَتَظلُّ تَحِنُّ لِحُلْمٍ
 سحيقٍ تَشَهّى جُموحك
 فاسْتَلّ إشراقة قلبِك
 ثمّ رماك إلى حيثُ لا ضوْءَ ها
 أَنْتَذا تَهْمُد الآنَ مَنْف
Exil du sable
Comme si du sable
Nous commencions ces lignes
Comme si du sable
Nous commencions ces pas
Comme si le chemin qui nous sépare
Et les steppes de la tranquillité
Ne sont que pièges
Tissés par les araignées
A travers nos chemins
Pour chasser les gelinottes
Comme si du sable
Nous commencions ces lignes
Comme si, aux ténèbres des déserts
Nous accompagnons la flamme de ce bois
Toi l’oiseau ignoré par les hauteurs
Tu ne t’es pas encore aperçu
Par quelle plaine
Le sable du désert change ses apparences
Pour dessiner l’architecture de l’égarement
Tu ne t’es pas encore aperçu
Quel papillon est papillon
Et quel papillon est allusion?
Et te voilà
Continuant à boire la route d’un trait
Jusqu’à ce que la neige de tes défaites
Devienne entre tes compassions répétées
Une flamme brûlante
Je t’ai déjà averti
(T’en souviens-tu maintenant?)
De ne pas abandonner tes souliers
Dans les chemins en friche
Dans les parcours qui,
Bien avant que tes pieds ne s’habillent de doigts,
Les pas de ceux qui t’ont précédé
L’ont déjà essayé
Et ont traversé ses déserts et ses steppes
- Oh mon cœur -
Dès l’aube de l’insouciance
Au crépuscule de la fatigue
Comme si du sable
Nous commencions ces lignes
Comme si vers l’exil du sable
Nous rampions
Nous rampions
Tout chemin
N’est pas un chemin
Voilà pourquoi c’est ici,
Dans la tourmente des vents errants,
Que tu as retrouvé
La mort
Et tu demeureras
Nostalgique d’un rêve lointain
Qui a tant désiré ton exaltation
Il a retiré de ton cœur sa lumière
Et il t’a jeté là où
Il n’y a point de lumière
Et te voilà maintenant
T’éteindre
Exil.
(Traduit par Monia Boulila)

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