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samedi 3 mars 2012

Emna Belhaj Yahia : le déroulement des rubans mènera bien quelque part...



 « Jeux de rubans ». Que dire de ce roman ? D’abord, il y a le premier regard : une couverture qui suggère une sorte de passé aux teintes sépia, rappelant les temps anciens de la citadine Tunis, et ces coquelicots, fragiles, naissant le temps d’un jour pour nous faire nous souvenir que ce même temps-là passe, marquant le chemin de la vie avec ces portraits que la romancière tunisienne, Emna Belhaj Yahia, met en scène.

Ensuite, l'attention tournée vers trois femmes : Frida, Zubayda et Choukrane dont la stature se meut différemment au fur et à mesure du regard porté par la première sur les deux autres; mais Frida est au-devant de la scène bien que Zubayda, sa mère, est celle qui prend tout le champ visionnel. Pour ce qui est de Choukrane, on pourrait en fin de compte, penser qu'elle est présente accessoirement parce que l'oeil est rivé sur le voile qu'elle porte.

Puis, dans cet univers de regards au féminin, il y a deux hommes : Tofayl, le fils de Frida, Zaydun, le compagnon de Frida.

Il y a aussi Catherine, l’amie de Frida dont elle parle d’absence comme d’un mal d’affection : beaucoup de nostalgie et comme si elle est toujours près d’elle. Les deux amies se reverront des années plus tard alors que Frida est dans une chambre d’hôpital pour une maladie qui ne dit pas son nom...

... enfin, il y a aussi un intrus : le voile de Choukrane et de toutes ces femmes que Frida rencontre lors d’attentes devant les étals de légumes et de fruits ou dans les rues tunisoises. Frida est en proie à des sentiments contradictoires : son souci du respect de l’autre et son malaise grandissant, paniqué par ce voilage qui déborde de toutes parts, dans les magasins, les rues, les universités. Un regard  lourd de questionnements porté sur ce voile qui transforme les femmes en étrangères à leur corps, l’uniformisant pour mieux lui faire perdre son identité. Nous sommes loin de ce voile blanc, drapé tout en joliesse et féminité du dernier siècle ... il s’est fondu dans les murs blancs des maisons du soleil.

Le vieux Tunis est omniprésent ; les choses, les êtres se placent, bougent aisément, sans contraintes ni en tant que nécessités pour faire une histoire. Le jeu des rubans intervient, comme par accident bien que l’auteur rend présents les métiers du cru : les personnages sont là, avec leurs pensées emmagasinées dans les méandres de la réflexion contemplative, qui observe ces « femmes debout, cageots de fruits et légumes » ou cet éboueur qui a « beaucoup de tenue » et que Frida charge de veiller sur Zubayda, sa mère. Emna Belhaj Yahia déroule son ruban avec les gestes, la traversée des rues au pas de course ou au volant, avec les impressions qui font que « ça fait du bien de pleurer sur sa vie, toute seule, affalée sur son canapé ocre et sur son existence tout effilochée ». On aura compris, là, que c’est Frida qui parle. Une Frida qui « demande un miroir mais personne » ne l’entend...
 
Cependant, l’on ne dira pas plus... au lecteur de découvrir « Le jeu de rubans »

Emna Belhaj Yahia est l’auteur de deux autres romans, L’étage invisible et Tasharej et d’un ouvrage La Méditerranée tunisienne, cosigné avec Sadok Boubaker.
Elle sera présente pour une dédicace au Salon du livre 2012 de Paris (voir notre rubrique Salon du Livre) et l’invitée, le 8 mars 2012 à Bordeaux, de l’association Lettres du Monde.




Editions Elyzad : http://www.elyzad.com

Association Lettres du Monde : http://www.lettresdumonde.com

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