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mercredi 31 octobre 2012

Clin d’œil : Centenaire de la naissance de Léon Gontran Damas. Témoignage vivant de Gisèle Bourquin (2)


Léon Gontran Damas
« Inattendu, surprenant et profond, spontané » nous confie Gisèle Bourquin, présidente de Femmes au-delà des Mers (*), dans cette seconde partie de son témoignage sur Léon Gontran Damas à l'occasion du centenaire de la naissance du poète guyanais.

Autour de Léon Gontran Damas

« Sans être intime avec les Damas, j’ai partagé des moments importants y compris celui d’avoir été conviée au repas de mariage avec Marietta.

C'est à l’instigation de Damas et souvent par son intermédiaire que j'ai rencontré bien des gens de lettres, j’ai pu côtoyer ainsi l’anthropologue Michel Leiris et, plus généralement, ceux et celles qui étaient désireux de s’ouvrir aux différentes cultures humaines, d’aller au-delà des clichés.
Damas était membre du Pen club, il fréquentait l'UNESCO, cette maison -fort prestigieuse à l'époque- et j’ai pu y participer à des séminaires de haute volée.
A Présence Africaine, la Sorbonne des Noirs ! j’ai dialogué avec bien des intellectuels : Alioune Diop, son fondateur et directeur, sa femme Christiane Diop, aussi discrète que Marietta et bien présente, Lamine Diakhaté, Sénégalais, ami d'Hélène Bouvard également, Jacques Howlett, Bernard Dadié, Ivoirien, fidèle ami de Damas, Bakary Traoré. Présence Africaine, point névralgique de ce Quartier Latin bien foisonnant où des professeurs faisaient prendre, appréhender l’importance des cultures africaines. Dans le même temps, j’avais des entretiens avec Aimé Césaire, soit lors des répétitions de ses pièces par Jean Marie Serreau dans un cinéma, Place Clichy, soit chez lui, Porte Brancion.

L’intérêt de Damas pour l’art africain était réel. La projection à son initiative du documentaire Un autre regard (16 minutes) de Philippe Brunet, m’a marquée : c’était l'illustration magistrale par l'image de l'influence de l'art nègre (les masques) sur l'art français (peinture, sculpture). Braque, Modigliani, Loth, Max Ernst. Aujourd’hui, cela peut paraître aller de soi ; en 1966, c’était loin d’être le cas. Par la suite, comme pour répondre aux aspirations de Damas, esthète aimant autant la musique que le cinéma- ce même Philippe Brunet sortira, trois ans plus tard, un 53 minutes Du tam-tam au jazz (histoire des rythmes africains).
Gisèle Bourquin
(Reproduction interdite)

En 1967, j’entreprends des recherches sur la littérature orale africaine avec Denise Paulme à l'Ecole des Hautes Etudes Pratiques et suit un séminaire au Musée de l’homme avec, comme condisciple, entre autres, Ina Césaire.

Ces échanges m’ont permis d’accéder à une perception nouvelle du monde qui m’a obligée à affûter mes critères de jugement et ma vigilance dans le choix de mes engagements. Chemin tout tracé ! Je me retrouve en septembre 1968 en République démocratique du Congo comme enseignante à l’Université libre du Congo à Kisangani. L’empreinte de Damas et de Césaire était là !

Quel homme était Léon Gontran Damas ?

Je dirais qu’il était comme ses poèmes !
Simple… apparemment ! Inattendu, surprenant et profond, spontané.
Il avait une voix agréable qui, selon moi, n'était pas assortie à ce corps plutôt frêle surmonté d’une tête imposante. D’où sans doute le surnom « gro tête » que lui donnait ses camarades à l’école. Il disait ses propres textes à merveille.
Il était toujours bien mis avec une pointe d’originalité mais sans extravagance, il portait souvent un chapeau.
Ayant toujours le sens de la formule, sarcasme perpétuel, simplicité, authenticité, ironie, humour.
Sensible. Son émotion était sincère quand il lui est arrivé -je ne sais comment- d’évoquer sa douleur à la mort de son ami Robert Desnos et pour qui il a écrit La Seine a vu pleurer un homme
Son ressentiment était palpable, en évoquant un critique qui l’avait qualifié de fantasque (le critique avait écrit caractère fantasque et susceptible. On trouvera chez d’autres le qualificatif de fantasque à son propos).
Espiègle. « J’ai refusé de parler jusqu’à 6 ans » m’a-t-il dit, avec un sourire et ses yeux perçants guettant ma réaction. Devant ce qu’il semblait me présenter comme un bon tour joué aux adultes, moi toute jeune et interloquée, je ne pense pas avoir fait de commentaires. Damas me décontenançait quelquefois.
Il était incisif, moqueur : la conversation venant sur une chanteuse : « elle est laide » dit-il avec ce même sourire qui pourtant n’était pas de la méchanceté.
Joséphine Baker ! « Ridicule, danser avec une ceinture de bananes ! »

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(*) Voir fin de la 3ème et dernière partie du témoignage de G. Bourquin.

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