On est entraîné par ce style, ce galop adopté pour raconter l’histoire de
Grouille/Driss, jeune homme africain, orphelin, ne connaissant ni ce que peut
être un ailleurs en soi, ni un ailleurs chez les autres, à moins que ce soit un
« ailleurs inconnu ». Il est en recherche d’identité. Peu importe les
ailleurs qu’il côtoie ou frôle au hasard de ses pérégrinations et auxquels il
ne peut donner de nom. Sauf peut-être quand la cale du bateau où il embarque
clandestinement devient un provisoire ailleurs, ou quand une bibliothèque
« n’empêche pas de lire, d’absorber ».
Pourtant, dans cet immense orphelinat qui est le sien,
au-dessus de tous ces ailleurs, Driss n’est pas seul. Sa vie dont il ne sait
que faire, déambule entre un Vieux Monsieur, médecin à la retraite qui veut
l’adopter, un Tim, une Margue, et surtout « Elle ».
« Elle » est la pause, les instants de tendresse
et de silence. « Elle » est « sa mie » grâce à laquelle Driss déclare « je ne suis plus seul au monde ».
L’histoire de ce jeune homme n’est pas seulement un fait
migratoire. Marie Nau va plus loin car la quête d’une identité est la force de
ce roman qui vous laisse à bout de souffle, celle d’un être auquel l’auteur
fait dire « La vie me ballotte et me gifle... »
Mais nous n’en dirons pas plus car ce livre mérite de s’y
arrêter parce qu’il intrigue de par son écriture à la trame serrée et de par la
tendresse que l’on ressent pour le personnage de Driss. Une histoire migratoire
à l’intérieur de soi et au milieu des ailleurs, ceux des autres qui savent où commence la leur...
Marie Nau vit en Aquitaine. Elle est l’auteur de plusieurs
nouvelles qui ont reçu des récompenses littéraires.
Fait Noir, aux Editions La Cheminante
Site : http://metaphorediffusion.fr