jeudi 28 juin 2012

Lodève : 15e Festival Voix de la Méditerranée




La ville de Lodève reçoit Voix de la Méditerranée, du  16 au 22 juillet 2012. Les cultures des deux rives donnent le ton à ce rendez-vous annuel, autour du triptyque : poésie, voix et Méditerranée.

Mais pas seulement car d’autres voix se feront entendre comme celles de l'Albanie, la Croatie, la Macédoine, le Monténégro, la Turquie et le Portugal

La musique et la danse seront des intermèdes vibrants pour les mots qui se diront sous le ciel de Lodève.

De la Méditerranée proprement dite, le festival accueillera des poètes, des romanciers, des artistes :

Algérie
Rachid Boudjedra, romancier, auteur de plus d'une trentaine d'ouvrages (romans, théâtre, poésie) comme La prise de Gibraltar, Le désordre des choses, Les figuiers de barbarie. Il fut le scénariste de Chronique des années de braise, un film sur la guerre d'indépendance algérienne de Mohamed Lakhdar-Hamina.  
Yamile Ghebalou, auteure de Demeures du bleu, Liban (prix Tahar Djaout 2011) et de Libres circulations des imaginaires (recueil de nouvelles).
Brahim Tazaghart, poète et romancier, auteur de Amulli ameggaz (Bon anniversaire). Prochaine publications : Takemmict n wakal (Une poignée de terre, poésies) et Wid yurgan tafsut (Ceux qui rêvaient du printemps, roman). 

Egypte
Gihan Omar, poétesse, auteure de Light feet, Before we hate Paulo Coelho et Soura Haditha.  

Liban
Etel Adnan, poétesse, romancière, peintre, céramiste, créatrice de tapisseries, elle est auteure bilingue de poésies, romans, essais, récits épistolaires, autobiographie, pièces de théâtre. Derniers recueils parus : Sitt Marie-Rose (Tamyras, 2011, cf.  notre article du 10 novembre 2011),  Jennine (Al manar, 2004), Le 27 octobre 2003 (Tawbad, 2004), Ce ciel qui n’est pas (Tawbad, 2006)

Libye
Abdouldaim Ukwas, poète, prix du Meilleur jeune poète libyen (2003), prix du Meilleur jeune écrivains libyen (2005). Il a publié en langue arabe Athar tifl fi-l-ramar (Traces of children in Sand) et Ka'annak li kul al-Wahid (Everything and alone). Prochaine publication fin 2012.   

Maroc
Jamila Abitar, poétesse, auteure de plusieurs recueils de poésie dont Le bleu infini et récemment A Marrakech, derrière la Koutoubia (voir notre article du 18 avril 2012).         

Palestine
Fatena Al Ghorra, membre de l’Union des écrivains palestiniens depuis 1998, elle a participé à de nombreuses manifestations culturelles, dont le Festival Babel en Suisse et le Festival cosmopoétique de Córdoba, en Argentine. A publié, en 2011, un recueil Betrayals of God... Multi Scenarios.

Syrie
Golan Haji, originaire d’Amouda, petite ville kurde (nord de la Syrie). Son premier recueil de poèmes : Il appela dans les ténèbres (Damas, 2004) a reçu le prix Mohammed Al Maghout. Il y a quelqu’un qui voit en toi un monstre est paru lors de l’événement culturel « Damas, capitale de la culture 2008 ». A paraître Ma maison froide et lointaine (Dar Al Jamal, Beyrouth).

Tunisie
Emna Louzyr, journaliste et productrice de programmes culturels à Radio Tunis, Rédactrice en chef du magazine tunisien d’expression française Opinions. Publications : Samt El Barkine (Silence des volcans), Sabra (traduit en italien et en anglais).

Du côté musical, Aziz Sahmaoui & University of Gnawa se produiront, vendredi 20 juillet, sur la scène de l’Hôtel de Ville. Un répertoire composé de musique traditionnelle marocaine, de jazz-reggae et de salsa.
En première partie du spectacle, le chœur Ziryab dirigé par Moneim Adwan, chanteur, compositeur et musicien palestinien. La chorale, implantée à Lodève, sera accompagnée du chœur Ibn Zaydun d’Aix-Marseille. Elles présenteront un répertoire classique de syrien, égyptien, palestinien et arabo-andalou.

Programmation

- Mardi 17 juillet 2012
12h-13h : Vocales poétiques
Galerie Ô marches du Palais
Lecture musicale. Avec Rachid Boudjedra (Algérie) et Sébastien Belin (France).
16h-17h : Voix croisées
Cour 13, place Alsace-Lorraine
Poètes et participants des Ateliers pédagogiques personnalisés. Avec Gihan Omar (Egypte).
17h-18h : La diagonale de Qantara
Cour Casablanca, 11 rue Neuve des marchés
Lecture-débat sur la relation entre le poète et la cité. Avec Mile Stojić (Bosnie) et Emna Louzyr (Tunisie)
18h-19h : Poèmes frères
Place de la Fraternité
Lecture. Avec Julien Marchand (France) et Yamilé Ghébalou (Algérie)

- Mercredi 18 juillet 2012
12h-13h : Vocales poétiques
Galerie Ô marches du Palais
Lecture musicale. Avec Gihan Omar (Egypte) et Laurent Fellot (France).
15h-16h : Le goût des poètes
Cour de la résidence La Providence
A la découverte des goûts artistiques des poètes invités. Avec Jamila Abitar (Maroc) et Bernard Chambaz (France).
16h-17h : Voix croisées
Cour 13, place Alsace-Lorraine
Les textes des poètes se mêlent à ceux des participants aux Ateliers pédagogiques personnalisés. Avec Fatena Al Ghorra (Palestine)
17h-18h : La diagonale de Qantara
Cour Casablanca, 11 rue Neuve des Marchés
Lecture-débat sur la relation entre le poète et la cité. Avec Abdouldaim Ukwas (Libye) et Claude Held (France).
18h-19h : Poèmes frères
Place de la Fraternité
Lecture. Avec Golan Haji (Syrie) et Louis Lafabrié (France)
19h-19h30 : Corps et Graphie
Lavoir, rue Capiscolat
Lecture et improvisation chorégraphique. Avec Samira Negrouche (Algérie) et Céline Lefèvre (France).
19h30-20h30 : Théâtre
Jardin de la Mégisserie
Soleil, à rebours de l'Algérie. Spectacle consacré aux poètes algériens avec des textes de Jean Amrouche, Djamal Amrani, Djamel-Eddine Bencheikh, Mohamed Dib, Jean Sénac, Kateb Yacine, Bachir Hadj Ali, Tahar Djaout. Sur une idée originale de Samira Negrouche, produite par la Compagnie Choliambe.
21h45-22h45 : Conte
Parvis du musée de Lodève
Kan ya ma Kan, par Halima Hamdane.

- Jeudi 19 juillet 2012

5h15 : Le point du jour
Point de départ devant le gîte de la Mégisserie
Balade contée : apportez vos lampes torches. Avec Kamel Guennoun et Sébastien Belin.
10h-11h : Garçon, un poème !
Café Crème, 17 rue Neuve des Marches
Animation par Samira Negrouche
Lecture en terrasse. Avec Jamila Abitar (Maroc) et M. Gosztola (France).
11h-12h30 : Traverses - Le rapport aux langues (français et arabe) dans la poésie du Maghreb
Place des Châtaignons
Autour de la vie et parcours de l'écrivain disparu, Kateb Yacine. Avec Rachid Boudjedra, Yamilé Ghébalou, Brahim Tazaghart, Samira Negrouche (Algérie), Emna Louzyr (Tunisie) et Bernard Chambaz (France).
17h-18h : Lecture, les pieds dans l'eau
Berges de la Soulondre, au pied du pont roman
Avec Abdouldaim Ukwas (Libye) et Mireille Fargier-Caruzo (France)
17h-18h : La diagonale de Qantara
Cour Casablanca, 11 rue Neuve des marchés
Lecture-débat sur la relation entre le poète et la Cité. Avec Golan Haji (Syrie) et Sylvie Fabre (France).
17h-18h : Les rencontres radiophoniques
Place des Châtaignons
Poésies plurielles, en direct sur une radio locale (coordonnées par Radio Lodève). Avec Fatena AL Ghorra (Palestine), Stéphane Nowak Papantoniou et David Caulet (France).
18h-19h : Poèmes frères
Place de la Fraternité
Lecture. Avec Etel Adnan (Liban), Olivier Apert (France) et Darija Zilić (Croatie).
18h-20h : Signature des poètes
Marché du livre, rue de la République
Librairie Un point un trait. Jamila Abitar (Maroc), Paul Louis Rossi et Emmanuel Hiriart (France), Ioan Es Pop (Roumanie).
21h-22h : Lecture à la chandelle
Cloître de la Cathédrale
Avec Brahim Tazaghart (Kabylie, Algérie), Tanja Bakic (Monténégro) et Laurent Fellot (France).

- Vendredi 20 juillet 2012

11h-12h30 : Traverses
Place des Châtaignons
"Poètes, vos papiers !". Légitimité et enjeux des cultures minoritaires. Avec Brahim Tazaghart (Kabylie, Algérie), Danièle Estebe Hoursiangou (Occitanie), Albert Mestres (Catalogne), Anna Cristina Serra (Sardaigne, Italie) et les représentants du festival de poésie sarde Settembre dei poeti ainsi que les maisons d'éditions Jorn et Federop.
12h-13h : Vocales poétiques
Ô marches du Palais
Lecture musicale. Avec Fatena Al Ghorra (Palestine) et Manuel Wicquart (France).
16h30-17h30 : Double coeur
Place de la Fraternité
Conversation / Lecture autour de "Être poète aujourd'hui". Avec Rachid Boudjedra (Algérie).
17h-18h : Les rencontres radiophoniques - Logo Lenga d'Oc
Place des Châtaignons
Poésies plurielles. En direct depuis une radio locale (différente chaque jour et coordonnée par Radio Lodève). Avec Abdouldaim Ukwas (Libye), Roland Pécout (France-Occitanie) et un accompagnement à la guitare par Pascal Vantès (France).
22h : Concert
Scène Hôtel de Ville
Aziz Sahmaoui & University of Gnawa. Avec, en première partie, la Chorale Renaissances.

- Samedi 21 juillet 2012
10h30-11h30 : Le poète et sa muse
Jardin de la mégisserie
Rencontre avec les artistes en concert du vendredi. Avec Aziz Sahmaoui.
11h30-13h : Traverses
Jardin de la mégisserie
Après la révolution, la poésie est-elle soluble dans la démocratie ? Avec Gihan Omar (Egypte), Fatena Al Ghorra (Palestine), Ioan Es Pop (Roumanie), Claude Held (France).
12h-13h : Vocales poétiques
Ô marches du Palais
Lecture musicale. Avec Golan Haji (Syrie) et David Caulet (France).
15h-16h30 : Cinéma
Cinéma Luteva, avenue du docteur Joseph Maury
Projection d'El Gusto, film-documentaire réalisé par Safinez Bousbia (d'origine algérienne).
16h-17h : L'un à l'autre
Jardin de l'Hôtel de Ville
Lecture / Rencontre entre un poète invité par le festival et un poète invité par la Maison de la poésie de Montpellier. Avec Rachid Boudjedra (Algérie) et Michaël Glück (France).
16h30-17h30 : Double coeur
Place de la fraternité
Conversation / Lecture : "Être poète aujourd'hui". Avec Jamila Abitar (Maroc).
17h-18h : La diagonale Qantara
Cour Casablanca, 11 rue Neuve des marches
Lecture-débat sur la relation entre le poète et la Cité. Avec Yamilé Ghebalou (Algérie) et Darija  Žiliç (Croatie).
18h-20h : Signature des poètes
Marché du livre, rue de la République
Librairie Un point un trait. Avec Samira Negrouche (Algérie), Gihan Omar (Egypte).

- Dimanche 22 juillet 2012

16h-17h : L'un et l'autre
Jardin de l'Hôtel de Ville
Lecture / Rencontre entre un poète invité par le festival et un poète invité par la Maison de la poésie de Montpellier. Avec Golan Haji (Syrie) et Stephen Bertrand (France).


Contact : Voix de la Méditerranée - www.voixdelamediterranee.com



mercredi 30 mai 2012

Clin d'oeil sur Fait Noir de Marie Nau



Fait Noir est le premier roman de la nouvelliste Marie Nau. Que voilà un étrange roman, non pas par le thème mais par l’écriture. Encore que le mot « étrange » ne soit pas approprié. Nous dirons curieux. Il étonne avec ce rythme soutenu, qui vous mène tambour battant depuis le début jusqu’à la fin. Il étonne avec ce style pas féminin pour un sou, abrupt et dense avec cet enchaînement des phrases qui va des expressions les plus lapidaires comme « Bon. », « Tant pis. », « Déjà ! » jusqu’à cette incroyable phrase ne comprenant pas moins de 357 mots se décomposant, elle-même, en dizaines de petites phrases lancées à une cadence qui vous met hors d'haleine ! Une écriture unique qui ose.

On est entraîné par ce style, ce galop adopté pour raconter l’histoire de Grouille/Driss, jeune homme africain, orphelin, ne connaissant ni ce que peut être un ailleurs en soi, ni un ailleurs chez les autres, à moins que ce soit un « ailleurs inconnu ». Il est en recherche d’identité. Peu importe les ailleurs qu’il côtoie ou frôle au hasard de ses pérégrinations et auxquels il ne peut donner de nom. Sauf peut-être quand la cale du bateau où il embarque clandestinement devient un provisoire ailleurs, ou quand une bibliothèque « n’empêche pas de lire, d’absorber ».

Pourtant, dans cet immense orphelinat qui est le sien, au-dessus de tous ces ailleurs, Driss n’est pas seul. Sa vie dont il ne sait que faire, déambule entre un Vieux Monsieur, médecin à la retraite qui veut l’adopter, un Tim, une Margue, et surtout « Elle ».

« Elle » est la pause, les instants de tendresse et de silence. « Elle » est « sa mie » grâce à laquelle Driss déclare « je ne suis plus seul au monde ».

L’histoire de ce jeune homme n’est pas seulement un fait migratoire. Marie Nau va plus loin car la quête d’une identité est la force de ce roman qui vous laisse à bout de souffle, celle d’un être auquel l’auteur fait dire « La vie me ballotte et me gifle... »

Mais nous n’en dirons pas plus car ce livre mérite de s’y arrêter parce qu’il intrigue de par son écriture à la trame serrée et de par la tendresse que l’on ressent pour le personnage de Driss. Une histoire migratoire à l’intérieur de soi et au milieu des ailleurs, ceux des autres qui savent où commence la leur...


Marie Nau vit en Aquitaine. Elle est l’auteur de plusieurs nouvelles qui ont reçu des récompenses littéraires.

Fait Noir, aux Editions La Cheminante

samedi 26 mai 2012

Hassan Mimouni, le peintre-tisserand



L’artiste-peintre Hassan Mimouni est un tisserand de la couleur et du terroir. La genèse de sa peinture prend sa source dans l'univers marocain. Il transcende son attachement parce qu'il n'a pas rompu le lien. Quand bien même serait-il un voyageur sur d'autres rives. Le pays de lumière est une eau vive à laquelle le pinceau de l'artiste vole quelques algues laineuses au gré de l'instant et de l'impression qu'il veut fixer.

Lorsqu’on rencontre l’homme, on remarque le visage sans tourments, une lueur dans le regard qui vous dit combien il aime la vie avec ce qu’elle peut donner. Et même, quand elle ne veut pas donner.


Ses mains à la gestuelle sereine révèlent, sans complètement livrer, un parcours qui a recueilli les perceptions intimes de l’être mais aussi les couleurs qu’il aura empruntées à sa terre. Il chante celle-ci car elle est son inspiratrice, sa raison d’être. Une terre qu’il aime tout simplement. Une terre qu’il tisse, avec un mélange de laine et d’acrylique, d'étoffes brochées disant l’éclat des noces de l’arganier et de l’Atlas auquel s’adossent les espérances lumineuses. Sa peinture est un carrefour d’entrecroisements où se rencontrent luxuriance, mystique du Christ et silence des invisibles. 

Pour ces derniers, pour ces êtres « oubliés », il franchit les fils de la toile de jute les retenant prisonniers.

Pourtant sa peinture n’est pas emprisonnement. Elle est brûlante comme le scintillement de ses Murs (voir tableaux colonne gauche), quasi monacale avec ses Oubliés (ci-dessus et ci-contre gauche) et elle s’ouvre aux sens en passant par le mur rouge-passion s’entremêlant à la trame violette de l’autre mur de son imaginaire.
.
Malgré la gravité de ses thèmes, Hassan Mimouni fait surgir une splendeur de la couleur et exalte ses murs de laine. Le passant respire. Il savoure la calme plénitude se révélant à son regard. La beauté est là, à l’état brut, faite de ces matières qui sont notre quotidien et dont on oublie qu’elles sont aussi nos rêves.

Hassan Mimouni ne s’interdit pas et ne nous interdit pas de rêver. Il suffit d'ouvrir les portes et de pénétrer dans le monde qui est le sien...

dimanche 29 avril 2012

Théâtre : « Les carnets du sous-sol » de Dostoïevski, une adaptation de Yacine Benyacoub (2eme partie)



Yacine Benyacoub.
Avec l'aimable prêt de l'auteur.

Reproduction interdite.
Le chemin vers le théâtre

Yacine Benyacoub est né au cœur de Bab el-Oued, un quartier d'Alger qui ne manque ni de couleur ni de chaleur, une mine d’or pour tout auteur qui recherche le vivant. Le jeune auteur et metteur en scène algérien a grandi à Annaba (jolie métropole portuaire et patrie de Saint-Augustin) au sein d’une famille où l’amour de l’art a toujours été présent.

Il se détourne des bancs du lycée avant le baccalauréat au profit de l’écriture et se met à écrire alors des nouvelles et de la poésie mais le théâtre l’interpelle lors d’une rencontre, en 2001, avec Mohamed Laïd Kabouche, lui-même comédien et metteur en scène (plus tard directeur du Théâtre régional de Guelma). Par la suite, il suivra plusieurs stages de formation théâtrale à Alger, la capitale.



L'acteur/metteur en scène
dans "Le Sous-sol".
Photo de K. Aït Saïd.
Yacine Benyacoub fait ses débuts d'assistant du metteur en scène avec Les Bonnes de Jean Jeunet. Les années suivantes, il enchaîne des rôles de composition dans plusieurs pièces - Maître Puntilla et son valet Matti de Bertolt Brecht, Les Rustres de Carlo Goldoni, Montserrat d’Emmanuel Roblès...

En 2007, il se lance lui-même dans la mise en scène et, plus tard, écrit deux pièces qui seront jouées au Centre culturel français et au Théâtre régional d’Annaba. Il ne s’arrête plus et fait plusieurs adaptations pour la scène dont La pièce de Friedrich Durrenmatt, Un énergumène passe à table de John Irving. Ce travail de mise en scène, il le complète avec l’enseignement du théâtre à des enfants dans le privé.

Dans la foulée, il intègre la compagnie Vanessa Studio Théâtre présidée par Mohamed Laïd Kabouche. Il fait définitivement partie du théâtre professionnel avec, à son palmarès, un rôle dans Timthel Doc, une pièce de Med Laïd Kabouche, qui sera présentée au Festival du théâtre professionnel d’Annaba, et un autre rôle dans El Oudha, une adaptation de Broken glass d’Arthur Miller.

Yacine Benyacoub dans "Le Sous-sol". Photo de Kahina Aït Saïd.
En 2010, Yacine Benyacoub intègre le Théâtre régional de Guelma où il participe comme interprète à deux pièces sous la direction de Haïdar Benhassine (Prix de la meilleure mise en scène, en 2008, pour sa pièce Herostrate) : Lahadat Mesrah qui obtiendra le Prix de la meilleure scénographie au Festival national du théâtre professionnel et Matin de quiétude du dramaturge M’Hamed Benguettaf.

Cependant, après cette expérience qui couronne une fois de plus sa carrière, Yacine Benyacoub quitte le Théâtre de Guelma, une année plus tard, pour reprendre le chemin qu’il a commencé à se tracer depuis 2001 et qui, certainement comme en mai prochain, avec Le Sous-sol, apportera autant à sa passion pour le théâtre. 


Questions indiscrètes

Arabian People & Maghrebian World ferme ferme ce second volet sur cet auteur prolifique doublé d'un comédien et metteur en scène qui fait partie de la nouvelle génération de talents algériens prometteurs : il nous dit son point de vue sur le théâtre.


Arabian People : Qu'est-ce que le théâtre algérien pour vous ?

Yacine Benyacoub : Je trouve qu'il est à l'image du pays, il y a autant de belles choses que de médiocrité. Il souffre d'une gestion catastrophique et d'un grand mépris, et le plus souvent, la vie théâtrale s'effectue à travers l’Algérie dans l'indifférence la plus totale. Malgré cela il y a beaucoup d'artistes fabuleux qui vivent leur art passionnément, envers et contre tous, et que j'admire sincèrement.  

Arabian People : et qu'est-ce que le théâtre pour vous ?

Yacine Benyacoub : Une façon d'exister, un monde où tant d'esprits, de sensibilité diverses et variées se rencontrent pour créer. Dire, penser, rêver, ressentir...se révolter, aimer, cogner...tout cela multiplié à l'infini, seulement avec un petit espace et au moins un spectateur...

Le Sous-sol, représentation, le 25 mai 2012, à l'Institut Français d'Annaba à 18h00
Adaptation à la scène et interprétation : Yacine Benyacoub
Mise en scène : Yacine Benyacoub et Khalil Kabouche
Scénographie : Yacine Benyacoub
Direction d'acteur : Khalil Kabouche
Costume : Atef Berredjem
Conception de l'affiche : Mahfoud Yacef
Institut français d'Annaba
8, boulevard du 1er Novembre 1954
Tél. : +213 (0) 38 86 45 40 / +213 (0) 38 80 22 59
Mail : contact@ccfannaba.org
Billetterie ouverte 45 mn avant la représentation

Théâtre : « Les carnets du sous-sol » de Dostoïevski, une adaptation de Yacine Benyacoub (1ere partie)




Le Sous-sol, l’adaptation des « Carnets du sous-sol » de Dostoïevski, sera jouée, le 25 mai prochain, à l’Institut français d’Annaba. Cette adaptation est signée Yacine Benyacoub, avec une co-mise en scène de l'auteur et de Khalil Kabouche.

Yacine Benyacoub a bien voulu en parler à Arabian People & Maghrebian World, via un réseau social très connu (très pratique dans les cas d’éloignement) que la Rédaction présente en deux parties.

La pièce

Yacine Benyacoub : La première fois que je l’ai lue, je devais avoir 19 ans, bien avant de découvrir le théâtre, elle m’avait déjà bouleversé. Des années plus tard, je m’aperçois en la relisant qu’elle a un intérêt théâtrale indéniable, déjà de par sa forme où les idées exposées sont presque mises en scène par l’auteur lui-même. Le lieu, ce Sous-sol obscur où tout se passe, et ce personnage : un maniaco-dépressif qui rumine depuis 20 ans, expose des idées d’une lucidité effrayante et nous oblige à nous confronter sans cesse à notre propre vérité : «Je n’ai fait autre chose dans ma vie que de pousser jusqu’au bout ce que vous autres n’osiez terminer qu’à moitié, tout en appelant sagesse votre lâcheté et en vous consolant ainsi par des mensonges. Si bien que je suis peut-être encore plus vivant que vous». 

Nous le suivrons notamment dans ces souvenirs de jeunesse où l’amour vers lequel il tend, et qui lui est accordé, lui devient insupportable. Nous avons affaire à un être paradoxal comme Dostoïevski sait si bien les peindre. Et c’est un bonheur de chaque instant que de parcourir ses mots chargé d’une vie extraordinaire.

Le sous-sol est un court roman de Dostoïevski publié en 1864 alors qu’il vient de perdre femme et frère, il a 43 ans. Dans cet état de désespoir, il écrit dans sa correspondance : «Voilà que tout d’un coup, je me suis trouvé seul ; et j’ai ressenti de la peur. C’est devenu terrible ! Ma vie est brisée en deux. D’un côté, le passé avec tout ce pour quoi j’avais vécu, de l’autre, l’inconnu sans un seul cœur pour me remplacer les deux disparus. Littéralement, il ne me restait pas de raison de vivre. Se créer de nouveaux liens, inventer une nouvelle vie ? Cette pensée seule me fait horreur.»


La complexité du personnage que Dostoïevski peint dans cette œuvre lui ressemble beaucoup, son écriture, sa pensée, son état lorsqu’il écrit. Toutes ses œuvres portent le signe de ce tourbillon mais Le sous-sol est un condensé de cette tempête intérieure, et pourtant très peu connu du public. 

Yacine Benyacoub - Photo de Kahina Aït Saïd (Reproduction interdite).
J’ai donc mis six mois à écrire cette adaptation. Je voulais en faire une pièce qui n’aurait ni début ni fin et que le public viendrait visiter comme on visite un appartement et s’en aller ensuite, sans applaudissements ni confrontation avec le comédien, simplement s’en aller et laisser ce personnage continuer à vivre… revenir un autre jour et assister à d’autres idées développées… un spectacle de huit heures environs, fragmenté en plusieurs parties espacées dans le temps sur une dizaine de jours peut-être. 

Le spectacle que nous donnerons en mai durera une heure, il sera le reflet d’une certaine idée que je me fais du
Sous-sol, pas vraiment un résumé car c’est impossible, mais une vision personnelle de cet être touchant doté d’une intelligence maladivement développée. 


Représentation, le 25 mai 2012, à l'Institut Français d'Annaba à 18h00
Adaptation à la scène et interprétation : Yacine Benyacoub
Mise en scène : Yacine Benyacoub et Khalil Kabouche
Scénographie : Yacine Benyacoub
Direction d'acteur : Khalil Kabouche
Costume : Atef Berredjem
Conception de l'affiche : Mahfoud Yacef
Institut français d'Annaba
8, boulevard du 1er Novembre 1954
Tél. : +213 (0) 38 86 45 40 / +213 (0) 38 80 22 59
E-mail : contact@ccfannaba.org
Billetterie : ouverte 45 mn avant la représentation

samedi 28 avril 2012

Le Comar d'Or 2012 décerné à Emna Belhaj Yahia, Moncef Laouhaibi et Azza Filali


Les récompenses de la 16ème édition du Prix littéraire Comar, prix créé par les Assurances Comar (Tunisie) ont été remises le 22 avril dernier.

Prix du roman en langue arabe  
- Comar d’Or : Moncef Louhaibi pour Achiket Adem (La maîtresse d’Adam)
- Prix spécial du Jury : Nasr Belhaj Bettaieb pour Inkissar Adhil (Reflet de l’ombre)
- Prix Découverte : Mehadheb Sboui pour Al-Maristan (L’asile des fous)
- Prix du premier roman : Salem Labbene pour Bouslat Sidi Anna.

Prix du roman en langue française

- Comar d’or : Emna Belhaj Yahia pour Jeux de rubans et Azza Filali pour Ouatann
- Prix spécial du Jury : Rafik Ben Salah pour Les caves du ministère
- Prix Découverte : Mohamed Dallagi pour La prostituée de Babylone
- Prix du premier roman : Med Ridha Ben Hamouda pour  Zitoyen.

Beau parterre d’auteurs tunisiens. Le seul regret que l’on puisse avoir, c’est que le Comar d’Or ne soit pas ouvert aux pays limitrophes. Cependant, l’on peut comprendre que ce prix a pour priorité de promouvoir la littérature tunisienne, ce qui est un bienfait d’ailleurs... et un roman comme Jeux de rubans d’Emna Belhaj Yahia mérite amplement cette récompense (voir notre article paru le 3 mars dernier).


mercredi 18 avril 2012

Jamila Abitar à la fenêtre de ses racines



A Marrakech, derrière la Koutoubia. Ouvrons le recueil ... l’ennui se dissolve, disparaissant « derrière la Koutoubia » de Jamila Abitar. En vain, cherchera-t-on la strophe qui dissipera la plongée dans les mots, en profondeur, se perdant dans « la voix du sable » et la « terre rouge » oubliée. Au fil des lignes, chaque détour nous fait revenir sur la pensée dite auparavant. L’enchantement bu au long des émotions de l’exil ou de la nuit souvenue se brise sur ce vers :

« Mes racines suspendues au crépuscule »

fait éclater, défragmenter les pleurs comme autant de résonances d’une âme sondant le ciel de Marrakech, la ville où l’on « pleure l’hirondelle qui ne sait où aller ».

Chaque virgule devient mot et chaque mot devient voyage. Chacun se pose, comme évanescent, comme un écho, mais qui ne peut se perdre ni s’oublier. La poétesse demeure transie d’affliction mais elle est tout aussi brûlante dans sa recherche à « donner corps à (son) existence » parce que

« La mort que j’ai vue me rend transparente ».

Jamila Abitar a mûri depuis son premier recueil Aube sous les dunes car, ici, dans ce recueil dédié à Marrakech, elle a appris « à faire de soi/ les autres » et livre une réflexion d’une qualité purifiée, d'une beauté dépouillée:

« Mesurer la parole jusqu’au revers de la plume
et raturer les lignes bavardes de legs sanglant. »

L’absence semble, là, écrite avec des mots fluctuant entre le rêve éveillé et la réalité songeuse. L’absence n’est pas un simple passage, déterminé par quelques lignes mais une émotion, un questionnement, une quête, dans le silence, d’un chemin connu, imprimé dans la rétine : la ville rouge-sable étend son ombre comme un frisson marquant la mémoire, tel un tatouage indélébile, faisant de la poétesse à jamais sienne car Jamila Abitar, au-delà de la Méditerranée, lui appartient toujours...

A Marrakech, derrière la Koutoubia » de Jamila Abitar
Editions Alfabarre
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