Le débat est ouvert / est depuis longtemps ouvert : le poète et le parolier. Une histoire de genres, une histoire qui remanierait l'univers de la littérature et, dans le cas présent, de la poésie depuis que celle-ci, de chanson de geste, est passée à l'état de poème après la "Chanson de Roland". Le prix Nobel de la littérature pour cette année 2016 a non seulement renversé les valeurs de l'écriture poétique mais aussi celles du roman. Et l'on est aujourd'hui à se poser la question de savoir qu'est-ce qui nous attend au prochain tour ? Pour rester dans le domaine de la poésie et de la chanson - qu'ici nous qualifierons de parole chantée - certains textes de chansons font un va-et-vient entre le poème et la parole chantée. Pour exemple, Boris Vian qui fut d'abord poète avant que la version chantée n'entre en lices. Je ne m'étais jamais posé la question ; pour moi, tout était clair, nonobstant la qualité de l'écriture d'une chanson, la parole chantée n'est pas le poème qui, lui, est "hanté" par une sorte de transcendance chez le poète introverti et extraverti à la fois. La chanson, aussi belle soit-elle, aussi bien écrite soit-elle, ne peut être une "Diane française" d'Aragon, ni un "Bateau ivre" d'Arthur Rimbaud ni même un "Cancre", poème de Jacques Prévert qui pourrait être l'objet de la nymphe musicienne, ou "Seul dans la splendeur" de John Keats, ou encore "Craintes dans la Solitude" de Samuel T. Coleridge et, du côté de la poésie arabe, ce poème "أراكَ عَصيَّ الدمع" d'Abû Firâs al-Hamadani et plus proche, "Passagers parmi les paroles passagères", poème bref mais profond de Mahmoud Darwich. Or, nous voilà placés, après la décision heureuse ou inappropriée du comité Nobel, dans l'obligation de refaire nos classes ! A nous de voir si les textes de M. Dylan sont pur esprit ou de la chanson engagée au sens propre comme au sens figuré sur le chemin extrêmement névralgique, narcissique et transcendantal du territoire du poème. Le sportif à la retraite qui devient "chroniqueur" ne peut être journaliste, le professeur de chant ne peut être professeur de littérature, le dessinateur de bandes dessinées ne peut être Renoir (à moins qu'il n'ait un talent caché), etc. Le merle moqueur est, certes, un oiseau mais il n'est pas pour autant un rossignol. Et bien que tous les goûts soient dans la nature, ici, il ne s'agit pas d'aimer, il s'agit de dire le genre. Le comité Nobel a peut-être eu raison pour les inconditionnels de Bob Dylan ou est tombé peut-être dans l'hérésie d'avoir osé mélanger les genres, pour les autres. Et si c'est le cas, c'est-à-dire si c'est contrevenir aux canons du poème pur, alors il est temps de mettre au rencart les prix Nobel qui ont tendance pour des raisons obscures à décerner des prix en veux-tu en voilà. Mais soyons honnêtes et rendons justice au chanteur, seul Bob Dylan peut dire s'il a écrit des poèmes quand il a écrit ses chansons. De ce fait, si ça l'est, nous pourrons déduire qu'elles ne tarderont pas à être publiées en tant que poèmes. Et, alors, ce serait un bond en avant du territoire du poème. Aussi, "Je suis malade" vaut poème tout comme "C'est une poupée qui fait non" ou "Gigi l'amoroso"... ... et, alors, les poètes entreront dans la clandestinité.Evénements et personnalités de la littérature, du cinéma, des arts et spectacles du Maghreb et du Monde arabe.
samedi 15 octobre 2016
Poème vs parole chantée ou un prix Nobel prenant (peut-être) l'eau...
Le débat est ouvert / est depuis longtemps ouvert : le poète et le parolier. Une histoire de genres, une histoire qui remanierait l'univers de la littérature et, dans le cas présent, de la poésie depuis que celle-ci, de chanson de geste, est passée à l'état de poème après la "Chanson de Roland". Le prix Nobel de la littérature pour cette année 2016 a non seulement renversé les valeurs de l'écriture poétique mais aussi celles du roman. Et l'on est aujourd'hui à se poser la question de savoir qu'est-ce qui nous attend au prochain tour ? Pour rester dans le domaine de la poésie et de la chanson - qu'ici nous qualifierons de parole chantée - certains textes de chansons font un va-et-vient entre le poème et la parole chantée. Pour exemple, Boris Vian qui fut d'abord poète avant que la version chantée n'entre en lices. Je ne m'étais jamais posé la question ; pour moi, tout était clair, nonobstant la qualité de l'écriture d'une chanson, la parole chantée n'est pas le poème qui, lui, est "hanté" par une sorte de transcendance chez le poète introverti et extraverti à la fois. La chanson, aussi belle soit-elle, aussi bien écrite soit-elle, ne peut être une "Diane française" d'Aragon, ni un "Bateau ivre" d'Arthur Rimbaud ni même un "Cancre", poème de Jacques Prévert qui pourrait être l'objet de la nymphe musicienne, ou "Seul dans la splendeur" de John Keats, ou encore "Craintes dans la Solitude" de Samuel T. Coleridge et, du côté de la poésie arabe, ce poème "أراكَ عَصيَّ الدمع" d'Abû Firâs al-Hamadani et plus proche, "Passagers parmi les paroles passagères", poème bref mais profond de Mahmoud Darwich. Or, nous voilà placés, après la décision heureuse ou inappropriée du comité Nobel, dans l'obligation de refaire nos classes ! A nous de voir si les textes de M. Dylan sont pur esprit ou de la chanson engagée au sens propre comme au sens figuré sur le chemin extrêmement névralgique, narcissique et transcendantal du territoire du poème. Le sportif à la retraite qui devient "chroniqueur" ne peut être journaliste, le professeur de chant ne peut être professeur de littérature, le dessinateur de bandes dessinées ne peut être Renoir (à moins qu'il n'ait un talent caché), etc. Le merle moqueur est, certes, un oiseau mais il n'est pas pour autant un rossignol. Et bien que tous les goûts soient dans la nature, ici, il ne s'agit pas d'aimer, il s'agit de dire le genre. Le comité Nobel a peut-être eu raison pour les inconditionnels de Bob Dylan ou est tombé peut-être dans l'hérésie d'avoir osé mélanger les genres, pour les autres. Et si c'est le cas, c'est-à-dire si c'est contrevenir aux canons du poème pur, alors il est temps de mettre au rencart les prix Nobel qui ont tendance pour des raisons obscures à décerner des prix en veux-tu en voilà. Mais soyons honnêtes et rendons justice au chanteur, seul Bob Dylan peut dire s'il a écrit des poèmes quand il a écrit ses chansons. De ce fait, si ça l'est, nous pourrons déduire qu'elles ne tarderont pas à être publiées en tant que poèmes. Et, alors, ce serait un bond en avant du territoire du poème. Aussi, "Je suis malade" vaut poème tout comme "C'est une poupée qui fait non" ou "Gigi l'amoroso"... ... et, alors, les poètes entreront dans la clandestinité.lundi 19 septembre 2016
Le festival Est-Ouest et le Vercors accueillent le Liban
Voilà plus de vingt ans que la petite ville de Die abrite le Festival Est-Ouest qui fait se rencontrer littérature, arts, cinéma et spectacles vivants chaque année.
Die se niche aux pieds du Vercors (région de la Drôme en France), un nom qui nous rappelle un certain livre, Le silence de la mer, une nouvelle superbe de Jean Bruller, maquisard de la Seconde guerre mondiale qui prit le surnom de guerre de Vercors.
Le festival sera l'écrin de décor naturel grandiose du Liban, invité d'honneur, dont écritures et saveurs diront combien ce pays mérite l'attachement pour qui voudra venir à sa rencontre en ce coin historique de France.
La littérature libanaise est représentée par une superbe palette d'auteurs pour ne citer qu'Etel Adnan, romancière, poétesse et également artiste-peintre ; Tania Hadjithomas-Mehanna, éditrice et elle-même auteur ; Hyam Yared ; Issa Makhlouf ; Jabbour Douaihy ...
Du 8 au 16 octobre 2016
Site : http://est-ouest.com/
Repas libanais et banquet d'histoires (sur réservation) : 04 75 22 12 52
mercredi 7 septembre 2016
Moment musical avec Hiba Tawaji
Avec ce "Hobbi lintaha" (L'amour qui a pris fin), une interprétation toute en émotion, cette émotion énorme de la version en français "Les moulins de mon coeur" de Michel Legrand. Une envolée en crescendo, poignante, une belle interprétation de la chanteuse libanaise Hiba Tawaji qui joue sur tous les registres, grande variété arabe, anglaise, libanaise. Il suffit d'écouter et le texte entre en vous comme un soir de spleen pluvieux...
يا حبي ارجعلي وانسى اللي صار
خوفي يهرب بكرا وتخلص الأعمار
شفت النهاية مخباية اسرار
من لحظة ما وقفت مبارح عالباب
تاركني وحدي بهالليل الطويل
وهاك الشال اللي عكتفي يغوي ويميل
ناسي السهرات الحلوة بضو القناديل
بعيونك سرو وخلفو أسرار
عم فكر فيك واتعودت عليك
تاركني وحدي بهالليل الطويل نسيت بأيدي أيدك ونسيت المنديل
حبي ألك انتهى حزن ودمعات
وهاك الشال ليغمرنا بعطرو يميل
نسيت بأيدي أيدك ونسيت المنديل
تارك تيابك عندي ومشتاقة عليك
بنطر ليلية حتى يدق الباب
تاركني وحدي بهالليل الطويل
تاري الهوا عم يسألني عليك
حبي اللي انتهى حزن ودمعات
نسيت بقلبي قلبك يا حبي العنيد
__________________________________
NDR : Avec nos excuses pour la présentation du texte en arabe.
vendredi 5 août 2016
Clin d'oeil : quelque chose de la Turquie
Une fenêtre sur la Turquie, laquelle vit des heures assez assombries. Le monde culturel, les patrimoines traversent la tempête comme dans beaucoup de nations en ce moment mais, surtout, des tragédies humaines. Ces chants de Mardin nous viennent directement par le biais de l'un de ses écrivains... Mardin et sa citadelle dominent à hauteur de 1200 mètres les plaines de la Mésopotamie, non loin de la Syrie : le monastère Mar Gabriel, le Musée archéologique abritant des œuvres et objets vieux de plus de 4 000 ans et remontant jusqu'au 7e siècle avant Jésus-Christ, la mosquée d'Ulu Camii bâtie en 1199 par les Artukides, l'église de Nusaybin...
Pour savoir ce qu'il faut préserver... et empêcher qu'un jour cela ne disparaisse comme ce fut le cas de Palmyre...
Pour savoir ce qu'il faut préserver... et empêcher qu'un jour cela ne disparaisse comme ce fut le cas de Palmyre...
samedi 30 juillet 2016
Walaa al Joundi, la voix qui vous ressuscite
Seize ans, elle s'appelle Walaa al Joundi. Elle est la voix libanaise du futur. Un répertoire classique, elle maîtrise aussi bien le mouwwachah que la qaçida. Abdelwahab, Om Kalthoum, elle fait une approche de leur répertoire qui vous oblige à prêter attentivement l'oreille. Fraîcheur, personnalité "propre" qui force à être attentif à la progression de cette jeune chanteuse qui n'a pas encore tout donné. Une carrière dont les premiers pas ont été faits, non pas sous les spots hyper-commerciaux de la variété telle que nous la connaissons aujourd'hui : un simple produit publicitaire. Élève de l'Institut Antonine de Beyrouth, elle nous éloigne du clinquant et nous fait renouer avec la bonne lignée 'kalthoumienne' et 'fairouzienne'. Elle est notre coup de coeur et pas seulement de cet été.
Tahar Bekri : le chant du Mûrier triste dans le printemps arabe
Mûrier triste dans le printemps arabe, un recueil dont le printemps récurrent au long de ses pages n’oublie ni l’hiver ni l’exil, ni la guerre. Tahar Bekri devient chroniqueur d’une histoire déchirée et pleine d'espoir de la patrie d’origine du poète, ensuite de lieux auxquels il s’identifie quasi intimement. Fluidité du mot et, derrière, la tourmente. Une structuration du poème en visions multipliées mais comme s’il ne faisait qu’un avec elles. Mais, aussi, une sorte de sérénité car sa poésie détourne la violence pour asseoir le dit du printemps qui voyage ainsi à Lisbonne, à Palmyre, de guerre en guerre, Haïti, au pays de Nazim Hikmet auquel le poète confie son exil dont il dit : « Mieux vaut être étranger que chien fidèle avec laisse ».
Chaque poème est une pièce plantée dans une réalité qui peut paraître échotière mais que l’écriture sensible et profonde transforme en une révélation d’intériorité. Doublée du vœu opiniâtre de Tahar Bekri de vouloir rêver « de moissons claires ».
À lire inconditionnellement ce recueil, miroir de pays exposés en autant d’espérances s’adressant au Mûrier triste dans le printemps arabe, un mûrier qui résonne comme une flûte imprégnée d’une sourde affliction :
« D’étranges corneilles
Ont volé ta floraison
Ont volé ta floraison
L’ombre confondue avec le soleil
Il est loin le chant que j’ai élevé
Parmi tes solennels feuillages
La Nuit lourde de son sommeil
Il est loin le chant que j’ai élevé
Parmi tes solennels feuillages
La Nuit lourde de son sommeil
[…]
Dis mûrier
C’est d’aube écarlate que tu te nourris
Ou de chenilles dévorant tous ces papillons
C’est d’aube écarlate que tu te nourris
Ou de chenilles dévorant tous ces papillons
Éditions Al Manar
Paris
Paris
lundi 20 juin 2016
Paisible sur le bord, d'Ali Al Hazmi
Muṭma̓innan ˓alâ al-ḥâffa, ou Paisible sur le bord, le poème des souvenirs : Ali Al Hazmi se pose sur le bord de la vie, que celle-ci soit un « Mariage de la soie avec la soie » ou qu’elle soit passion durant ces années-réminiscences. Le poème se joue sereinement entre nuances subtiles et tendresse des mots. Même lorsqu’il avoue, quelque part, implorer le sommeil ou « perdant, déçu de la vie, de l’amour et des amis ».
Mais si le promeneur se retrouve incidemment sur le bord dont ne sait de quels lieux ou de quelles émotions, l'amour tissé entre les mots préfigure « un rêve [qui] sera plus loin / qu'une vigne dans les mains ».
En ce soir d’automne qui abonde
En fleurs, figues et chansons
Les souvenirs balayent
Les roses des paroles desséchées
Dans la cour de la maison…
Là où tu es longtemps resté
Caressant le frêle plumage de l’amour.
En fleurs, figues et chansons
Les souvenirs balayent
Les roses des paroles desséchées
Dans la cour de la maison…
Là où tu es longtemps resté
Caressant le frêle plumage de l’amour.
Ali Al Hazmi est l’auteur de plusieurs ouvrages écrits en langue arabe dont certains ont été traduits comme l’anthologie L’arbre de l’absence, et le recueil dont il est question ici (traduit en espagnol sous le titre de Estando seguro al borde publié au Costa Rica et récompensé, en 2015, au Festival international de poésie en Uruguay).
Traduction de Manel Bouabidi
L’Harmattan
Site : www.harmattan.fr
Contact auteur : ali-alhazmi@hotmail.com
Contact traductrice : bouabidi.manel@hotmail.fr
L’Harmattan
Site : www.harmattan.fr
Contact auteur : ali-alhazmi@hotmail.com
Contact traductrice : bouabidi.manel@hotmail.fr
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