samedi 24 septembre 2011

Clin d'oeil sur le Québec : Claude Lamarche et Marie Potvin, un plaisir pas défendu!


Claude Lamarche, romancière, essayiste et journaliste : « J'aime tellement mieux écrire, j'aime tellement mieux l'écrit » confie, sur son blog, l’auteure dont l’un de ses romans, « Les têtes rousses », relate le chemin de ses ancêtres, Bridget Bushell, quittant dans le désespoir son Irlande réduite à la famine, et celui d’un autre Irlandais, Denis Lynch ainsi que le lien d’amour qui unira les deux exilés.
Vous aimerez ce genre de littérature du vécu qui n’est pas sans nous rappeler « Jeanne, fille du Roy » ou « Une belle journée pour mourir » de Suzanne Martel.



L’auteure a publié également un livre qui retrace la vie de son père, lui-même romancier et essayiste, décédé en 2006 : « Un homme, une époque, Jacques Lamarche » (publié chez Écrits Hautes-Terres), ainsi que deux livres Jeunesse.

Pour en savoir plus :
« Les têtes rousses », Editions Vents d’Ouest

Site : http://www.ventsdouest.ca/index.asp

Marie Potvin, elle, décrit ainsi son plaisir de lire : « Je veux être saisie par le récit, je veux me laisser la liberté d'être crédule devant des faits qui ne pourraient jamais exister dans la vraie vie, je veux voir le personnage bouger, l'entendre penser et ressentir sa peur. Je peux respirer les odeurs qu'il respire et attendre la suite. Je veux sentir que le cœur est là, si humble soit-il. ». Au-delà de cette introspection littéraire, Marie Potvin ne gagnera pas l’ordinateur offert lors d’un concours d’écriture mais, qu’à cela ne tienne ! elle se cramponnera à l'écriture et, depuis, elle en a fait du chemin et ses écrits captivants, vivants ne donnent pas le bourdon, ses lecteurs en demandant toujours plus et se tenant à l’affut des aventures de, par exemple, Bernise Tousignant, laquelle, écrit Marie Potvin, « est dans un 5 à 7, prise entre deux étrangers, où personne ne lui adresse la parole et d’où elle veut décamper au plus sacrant ».

Pour en savoir plus
« Les héros, ça s'trompe JAMAIS », tome I - Autoédition
« Y'a un gars qui s'ennuie en MAUDIT », tome II - Autoédition


Site : http://www.mariepotvin.com/

vendredi 23 septembre 2011

Liban au coeur du 16e salon international du livre d'Alger

Le 16e Salon international du Livre d'Alger (SILA) a ouvert ses portes, mercredi dernier, sous le thème très prometteur de "Le livre délivre". Cette année, le Liban est l'invité d'honneur de ce salon très recherché car il est pratiquement le seul de cette envergure sur la frange du Maghreb et le continent africain.

Plusieurs conférences seront données autour du grand sujet du moment, "Le printemps arabe dans le roman arabe" ainsi qu'un colloque international sur le même thème qui, lui, se tiendra du 28 septembre au 2 octobre 2011 à la Bibliothèque nationale du Hamma (Alger).

Outre le stand du Liban où les visiteurs pourront rencontrer les écrivains Skander Habache, Joumana Haddad, on compte plusieurs auteurs venus : d'Egypte, Salh Fadhl, de Tunisie, (Belkacem Abdelatif, du Maroc, Azzedine Tazet aussi de Syrie.

dimanche 18 septembre 2011

Cinéma : projection à Paris de documentaires sur la Révolution égyptienne

Le Printemps du cinéma arabe à Paris a pris fin ce dimanche 18 septembre 2011 mais pour ceux ou celles qui souhaiteraient voir les films consacrés à la Révolution égyptienne, ils pourront se rendre au Myanis, lundi 19 septembre à 20 heures car deux films-documentaires seront projetés : "18 jours au coeur de la Révolution égyptienne" de Mirit Mikhail et Farid Ismaïl, un documentaire de 26' et "Web Doc" de Philip Rizk et Jasmina Metwali qui répondent à toutes les questions sur cet événement.
La projection des films sur la révolution de la place Tahrir sera suivie d'une discussion sur la situation en Egypte.

Le Myanis
132 boulevard de Ménilmontant
75020 Paris

Pour connaître tous les films projetés lors du Printemps du Cinéma arabe

samedi 27 août 2011

Raphaël Toriel : quand Palmyre n’est pas loin des Savoie(s)

Raphael Toriel - Dans les jardins
de La Revue Phénicienne.
 








On note dans les différentes œuvres de Raphaël Toriel, l’auteur de théâtre franco-libanais qui n’est plus à présenter – ses pièces ayant été mises en scène de nombreuses fois -, deux faits : d’abord, il raconte l’histoire avec un « H » avec originalité, comme si l’on rentrait chez soi et, du coup, l’Histoire devient alors une grande amie ; ensuite, il met en scène des figures féminines qui ont eu l’heur d’exister de façon grandiose telle la reine Zénobie ou, à un degré plus modeste, comme l’actrice de cinéma Marylin Monroe.
Raphaël Toriel redonne vie au passé et fait resurgir des personnages qu’il nous rend attachants, qu’ils soient très éloignés de nous à l’image de Boabdil, roi de Grenade (« Comme une femme ... ») ou, plus proches, comme Khalil Gibran et Albert Einstein (« Le génie, le prophète... et la femme ») ou encore, sous les traits tourmentés de Max Ernst, le peintre des années quarante (« La fiancée du vent »).
Il apporte un éclairage intimiste à des caractères que l’Histoire a enfermés dans un reformatage qui ne souffre aucune fantaisie à force de manipulations d’investigation historique, d’hypothèses vérifiées, leur donnant pour l’éternité une place et une image dont ils seraient peut-être les premiers surpris.
Sous sa plume, le lecteur a plaisir à les rencontrer, à les côtoyer : ils font partie des siens ; ainsi, par exemple, l’on est extraordinairement fasciné par Zénobie dont on suivra les traces depuis la petite enfance ; le fil par lequel nous tient Raphaël Toriel nous mène dans le périple de la grandeur et la décadence de l’une des plus grandes souveraines du Temps planétaire, nous la faisant aimer parce qu’ayant pénétré ses plus secrètes pensées et l’émotion est fortement au rendez-vous, dans les voyages entre Palmyre, Byblos et des haltes en des lieux où grandira et vivra Zénobie qui devient, ainsi, notre regard sur un univers disparu  ... « J’ai le cœur à Palmyre » est l’une des œuvres que nous avons le plus appréciée car elle soulève un pan de l’histoire de la reine Zénobie d’une manière anticonformiste où la reine « se » raconte plus qu’elle n’est racontée ...
Par quel fait extraordinaire, Raphaël Toriel arrive-t-il à donner à toutes ces figures connues de l’Humanité, ce désir de mieux les connaître parce qu’il nous les aura fait aimer ?
C’est la question qu’Arabian People & Maghrebian World a tenu à poser à l’auteur.

Avec l'aimable prêt
de l'auteur (reproduction
interdite).




Arabian People & Maghrebian World : Vous montrez vos personnages historique toujours sous des traits attachantss ; s’agit-il d’« humaniser » en quelque sorte ceux/celles que l’Histoire a sacralisés, ou bien est-ce sous cet angle-là que vous préférez les aborder ?
Raphaël Toriel : Que j’admire ou que je déteste  un  personnage, je le vois d’abord fait de chair et de sang. La statue a naturellement attiré mon attention, c’est elle qui l’a fait rentrer dans mon univers, mais ce sont failles qui me séduisent. Je ne cherche pas à « humaniser ». Ils sont avant tout humains, c’est cette part qui m’interpelle et que je tente de restituer.

Arabian People & Maghrebian World : Votre livre « J’ai le cœur à Palmyre » associe le roman au théâtre. Comme si vous vouliez sortir du sentier qui vous est habituel – le théâtre. Cependant, vous revenez, par moments, vers ce dernier. Est-ce volontaire ou avez-vous ce projet de faire coexister roman et théâtre ?
Raphaël Toriel : Certains autres auteurs écrivent d’abord un roman et l’adaptent pour la scène. Je ne crois pas la démarche suffisamment qualitative. Je fais donc les choses à l’envers. « J’ai le cœur à Palmyre » a d’abord été une pièce de théâtre. C’est court, une pièce, bien trop court pour satisfaire toute la curiosité que j’avais de cette femme sublime. Quand on écrit pour le théâtre, il faut trouver le nœud dramatique. Celui-ci doit être fort, dense et représenter une tranche de vie. Et puis, le théâtre, n’est pas le cinéma. Peu de gens y ont accès et encore moins le lisent. J’ai voulu continuer à chevaucher un peu à ses côtés et en faire profiter un plus vaste public. j ai donc écrit un roman, mais je suis homme de dialogues, c’est ce qui a mon avis, peut donner parfois au lecteur l’impression de ce retrouver sur scène. C’est largement voulu !
Actuellement, j’écris un autre roman, à la suite d’une pièce.

Arabian People & Maghrebian World : Vous posez un regard attendri vers les femmes que l’Histoire a connues ... soit saisir le côté positif de leur caractère ...
Raphaël Toriel : J’aime les femmes et leurs complexités. Mes personnages féminins peuvent être célèbres ou pas, peu importe. Pourvu qu’ils aient un contenu qui m’émeuvent. Dans « L’attente », par exemple, je me suis inspiré de cousines et d’amies rencontrées au Liban il y a quelques années. Il s’agit de trois sœurs qui attendent le fiancé de l’une d’entre elles qui va faire sa demande. Arrive un bouquet qui va mettre en émoi toute la maisonnée, y compris la mère. S’en suit des échanges aires doux, profonds et drôles. C’est une phrase de Jules Romain qui m’en a donné l’idée : « Dans la maison du bonheur, la pièce principale est la salle d’attente ». Elle a été magnifiquement montée en France et j’espère pouvoir bientôt la présenter au Liban. 

Arabian People & Maghrebian World : Nous avons l’habitude de terminer nos interviews toujours par la même question : si vous deviez vous définir, quel serait le mot qui vous correspondrait le mieux à votre sens ?
Raphaël Toriel : C’est un exercice difficile et périlleux. Disons que ce que j’essaye d’être, c’est « humain ». 

mardi 23 août 2011

Kamal Al-Chenaoui : l'adieu au Caire

L’acteur de cinéma égyptien, Kamal Al-Chenaoui, vient de disparaître, ce dimanche, au Caire à un âge avancé, la maladie ayant fini par gagner. Pourtant, c’est l’image du séducteur à la moustache sombre qui revient en mémoire. Il fut un acteur tout en légèreté et dont le sourire  fit tourner la tête à bien des jeunes filles de l’Egypte nassérienne, quand ce n’est pas au Maghreb. Son bagout, son élégance nonchalante, une cigarette accompagnant le tout, ont laissé une empreinte bien personnelle dans sa longue carrière cinématographique.

Kamal Al-Chenaoui fut le valet de cœur le plus souvent, faute d’être le roi mais il fut présent auprès de grands acteurs et d’actrices comme la merveilleuse Faten Hamama, Nour Chérif, Souad Hosni et la chanteuse Chadia, si pétillante dans son rôle d'amoureuse. Il arriva à l'acteur d’interpréter des rôles du séducteur dévoyé mais jamais il ne fut perçu ainsi, l’homme sympathique apparaissant derrière le comédien. Avec sa disparition, on se rend compte qu’il a su entrer dans les cœurs et qu’il fut apprécié, voire aimé, pour son grand talent, qui lui vaut de faire partie de la Grande Galerie des meilleurs acteurs de l’Egypte.

lundi 22 août 2011

Australie : le Festival du film arabe, dans l'air du temps


Le Festival du Film arabe d'Australie, lancé le 30 juin dernier au Riverside Theater de Parramatta, a pris fin le 31 juillet dernier après une tournée générale dans les villes de Sidney, Melbourne, Canberra, Adelaïde et Brisbane.
Au cœur des œuvres présentées, les mouvements de révoltes que connaissent plusieurs pays de la région du Maghreb et du Proche-Orient arabe, sont une véritable peinture de l'intérieur, avec les sentiments de colère, de frustrations mais aussi d'espérances qui ont donné à la création cinématographique un puissant souffle novateur.

dimanche 17 juillet 2011

Ambivalence ou continuité : le peintre Hamid Tibouchi vs le poète Hamid Tibouchi

"Traité de navigation", pigments, encre
et collage papier. Hamid Tibouchi.
Le peintre algérien Hamid Tibouchi a écrit quelque part qu’il avait le mal de mer mais d’une certaine manière il a un « navire » propre à lui : son atelier. C'est ce que nous transmet comme image sa série de peinture intitulée «Traité de navigation», tableaux qui ont été en exposition, en 2009, à la galerie Europia de Paris ...

Imaginez ce marin d’un autre style, le sien propre, surnageant par-dessus les vagues de tous les matériaux qu’il aura collectés, par curiosité de l’objet surprenant dans sa forme et sa texture et dans la perspective de ce qu’il en ferait un jour.

Le poète qu’il est également, je l’aurai connu dans une autre vie, par-dessus la Méditerranée, à la fortune de ses textes lus ça et là alors que nous étions, séparément et en d’autres lieux l’un et l’autre dans le même univers poétique avec cette différence que Hamid Tibouchi avançait déjà à grandes enjambées  sur cette voie  (Cinq dans tes yeux, sous le pseudonyme de H. Targui, en autoédition ; Mer ouverte aux éditions Caractères). Un lien nous unissait aussi malgré nous, par-delà la poésie et dans la poésie : celui de l’un des chantres algériens, inoubliable, le magnifique Jean Sénac, disparu hélas en de sanglantes circonstances.

Ce Hamid Tibouchi-là, j’en ai connaissance mais ce qui fut le plus surprenant dans ma redécouverte du poète, c’est de trouver à la place un peintre, un artiste ayant trempé non plus sa plume mais un pinceau dans la source de la créativité.

La série du « Traité de navigation » – plus d’une trentaine de toiles – nous fait voyager sur la mer du parcours d’un poète déjà talentueux certes mais qui donne encore plus avec sa palette de couleurs et sa « bourlingue » faite de textures, de colle, de papier revisité et d’un regard portant loin, aussi loin que le permet son « Traité de navigation ».

"Traité de navigation", pigments, encre
et collage papier. Hamid Tibouchi.
L’encre du verbe est heureusement toujours la même, elle prête ses pigments à la lecture sous une autre vision et le grand voyage du peintre-poète nous  entraîne à travers un périple d’expositions vivantes incidemment parcourues par ces « Peintures en boules » sorties de son capharnaüm coloré et c’est sur une terrasse, qu’il repêchera ces peintures froissées et roulées en boules : elles étaient, écrira-t-il, « comme des fossiles, tous les secrets de la création, tous les états d’âme de la navigation en solitaire »...

... une longue conversation avec soi-même, plus qu’une révélation de soi-même, que ces « Peintures en boules »...

Une peinture en envolées d’un lyrisme abrupt comme sa série « Toughra à la trace », ocre et sauvage, en coups de spirales évocatrices d’écritures transcendantes, en couvertures de carnets que nous souhaiterions ouvrir parce qu’ainsi (peut-être), Hamid Tibouchi sortirait de son atelier comme un extraordinaire animal en hibernation, faisant son offrande à la nature qui lui donne ses lumières dans ses visions et son moi intérieur délivrant des choses du peintre et du poète, non pas en parcimonie mais plutôt en fragmentations qu’il nous faudrait recoller alors afin de trouver la piste des secrets cachés...

... et lui qui dit avoir le mal de mer, n’écrira-t-il pas dans Mer ouverte, ces superbes vers que nous ne livrons que partiellement :

« La mer qui grouille au loin
La mer, insectes bleus pressés aux élytres vernis par le soleil
La mer miroir aveugle où broutent les goélands
Être la barque qui rampe sur l’eau
Être le sillon de la barque
Être la voile gonflée par le vent être la mouette qui suit la barque l'aile de neige palpitante
Être le duvet qui caresse la joue du ciel être la brise qui coule sur la mer être la rivière qui court vers la mort
Être le temps qui fait bouger tout ça et s'arrêter au matin d'un été pour contempler à son aise la mer,

[...]

Ni chants ni pleurs
Dans la trame vasculaire
"Traité de navigation", pigments, encre
et collage papier. Hamid Tibouchi.
Que tisse la pointe de l'aiguille rumeurs lointaines et proches motocyclettes bravant d'invisibles monstres la vie se coule dans la vague incertaine crescendo rétrograde dans l'instant qui se fige entend la nuit invisible
Elle s'infiltre telle une intruse en un largo imperceptible
Dans notre univers qu'elle habite encore une goutte de nuit

[...]

On aimerait y barboter comme les oiseaux
Le cri de l'oiseau délivré fleur qui s'ouvre
Eblouie par l'éclat de midi rencontre de lèvres jeunes avides de l'instant qui passe
Le firmament a un goût de lavande, coule sous la peau le sang chaud
Sur l'herbe tiède ».

A la périphérie de ces vers où « la vie se coule dans la vague incertaine », s’inscrivent les signes d’un autre long voyage qui viendront s’apposer, par la suite, sur le crissement de la toile en attente comme « le cri de l’oiseau délivré »...


F. C-A.


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