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mardi 30 octobre 2012

Clin d’œil : Centenaire de la naissance de Léon Gontran Damas. Témoignage vivant de Gisèle Bourquin (1)


Léon Gontran Damas
Le 17e salon du livre de la Plume Noire, qui s’est tenu du 19 au 20 octobre derniers, a célébré le centenaire de la naissance du grand poète guyanais, Léon Gontran Damas.

Parmi les personnalités du monde universitaire et littéraire, Gisèle Bourquin, présidente de l’association Femmes au-delà des Mers, a fait un émouvant témoignage sur le poète disparu.

Une dame qui se tourne vers tous les horizons, engrangeant des expériences africaines par son parcours en Afrique qu’elle a découverte « à travers le regard d’Aimé Césaire » ainsi qu’elle le dira, des expériences moyen-orientales car elle travaillera au Moyen-Orient et puis, des expériences outre-mer, ses racines étant là même si elle vit depuis l’enfance en France. Tout ce parcours, elle a souhaité le mettre à la portée de femmes et, aussi, d’hommes, en tant que partage et solidarité, en créant Femmes au-delà des mers en 2007.
Un objectif qui met des femmes en lumière et, surtout, des femmes qui montrent le chemin. De sorte que l’on ait envie d’avancer, de dire que « tout est possible », car appréhender le monde permettrait que celui-ci « se développe de façon plus harmonieuse » (voir, en fin du 3ème volet, une présentation succincte de Femmes au-delà des mers).

Gisèle Bourquin a bien voulu partager avec nous son témoignage sur sa rencontre avec le poète Léon Gontran Damas que nous présentons exceptionnellement dans son intégralité et en trois parties.

 « Témoigner de la rencontre de l’étudiante en 3ème cycle de Lettres modernes à Paris avec Damas est l’occasion de le présenter sous un autre angle personnel. Cependant, pour avoir constaté avec méfiance, voire dégoût, combien certains s'inventaient une intimité avec des disparus, j’ai choisi d’émailler ce témoignage de faits qui ont jalonné ces années cruciales de ma vie et qui me semblent refléter des facettes de sa personnalité. Je commencerai par évoquer le contexte de l’époque en France, juste avant 1968 et les circonstances de la rencontre, les entretiens, pour esquisser en quoi ces échanges ont marqué mon parcours pour en souligner la portée plus générale.

Ma rencontre avec Léon Gontran Damas

Alors que j'entreprenais des recherches sur Aimé Césaire, Hélène Bouvard, femme de lettres m’introduit auprès de Damas. C'était un dimanche après-midi et je me rends près du Champ de Mars. Marietta et lui m’accueillent mais très vite elle se met en retrait. Marietta ! Belle brésilienne, discrète, calme, de qui émanait une étrange sérénité. Iwiyé Kala Lobé, journaliste de Présence Africaine, a tenu à assortir son hommage posthume à Damas d’un post-scriptum intitulé « sainte Marietta » : les amis de Damas sont unanimes pour reconnaître à Marietta une influence tranquille qui a opéré une salutaire transformation.

Gisèle Bourquin
(Reproduction interdite)
Reprenons le contexte en 1966 ! Pigments de Damas sort en 1936, Cahier du retour au pays natal d’Aimé Césaire en 1939. On pourrait croire que trente ans plus tard, la situation à l’origine de ces deux ouvrages avait évolué.

1966. Nous sommes au lendemain des indépendances en chaîne, la guerre d'Algérie vient de se terminer. Aux Etats-Unis, les noirs intensifient leur légitime revendication : Angela Davis dérange. Je renonce à un périple aux Etats-Unis avec un groupe d’étudiants parisiens, ne me sentant pas de taille à affronter les effets de la ségrégation dans le sud des Etats-Unis. De même, à l’époque, pour moi un séjour en Afrique du Sud n’est pas envisageable. En France, la ségrégation n’est certes pas érigée en loi, toutefois la discrimination est larvée : dans un organisme d'assistance aux étudiants, le Copar, on peut noter que le propriétaire veut des étudiants de couleur ... blanche !

En 1966, à Paris, pour la première fois, la chanson se met au service d’une grande cause humanitaire ! Au Palais des Sports, un concert animé par Harry Belafonte en l’honneur et en présence de Martin Luther King, au profit de la lutte contre le racisme fera date… Martin Luther King sera assassiné deux ans plus tard !
Le monde du théâtre est en pleine effervescence : au théâtre Lucernaire -à l’époque dans le Quartier latin- les Nègres de Jean Genêt, tandis qu’à Montparnasse, le Métro Fantôme de Leroy Jones dénonce les stéréotypes raciaux. Le palais de Chaillot accueille Les ancêtres redoublent de férocité de l’algérien Kateb Yacine, des pièces de Berthold Brecht. Quant à la Tragédie du Roi Christophe d’Aimé Césaire, jouée à Venise en 1964, elle allait prendre le chemin de Dakar pour le Premier festival des Arts Nègres.

C'est dans cette atmosphère que j’entreprends d’étudier le théâtre d'Aimé Césaire et ce travail me conduit fort heureusement vers Damas."
(à suivre)



Léon Gontran Damas
Le poète guyanais est né le 28 mars 1912 et est mort en 1978. Il est enterré en Guyane. Dans les années quarante, il a fondé avec Aimé Césaire et Léopold Sedar Senghor, le mouvement de la négritude. Chantre du chant rebelle, il a toujours mis au banc de l’accusation la politique de l’assimilation.
Sa poésie est d’une telle écriture qu’elle s’ancre profondément dans la culture et les idées, certes, pour son époque mais pour notre époque-ci. Sa parole demeure intacte pour qui se retrouve dans ce qu’elle draine. Même quand elle déchire l’âme, qu’elle donne le blues de l’homme se battant contre le déracinement, elle est vive, elle retient, elle fascine.

A lire : Pigments et Névralgies (Présence Africaine), Black-Label (Gallimard), Retour de Guyane (José Corti).

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