mercredi 18 août 2010

Voyage en Algérie : rencontre impromptue avec Hayat-Eddine Khaldi

Hayat-Eddine Khaldi (gauche) et Souad Medja (droite). 


Nous sommes en fin de matinée. Sur les ondes de la station radio algérienne de langue française – la Chaîne 3 – l’émission « Point par point » est lancée par une voix vive, enjouée. Celle de la jeune animatrice Hayat-Eddine Khaldi (à gauche de la photo ci-contre). C’est à cette émission qu’elle invitera l’une de nos rédactrices, première étape du Spécial « Voyage en Algérie » que nous avons présenté en juillet dernier. L'émission est, depuis, remplacée par un autre programme...
Hayat-Eddine Khaldi est une jeune femme vive, aux cheveux noirs et aux yeux sombres brillants, pétillants de joie de vivre et de gentille malice. Elle n’est pas sortie tout droit d’une école de journalisme mais de la sérieuse Ecole nationale d’Agronomie d’Alger avec, en poche, un diplôme et une spécialité en foresterie et protection de la nature.

C’est pourtant dans l’animation radiophonique qu’elle commence avec des émissions sur l’environnement et, depuis, Hayat-Eddine Khaldi continue de faire carrière. Un parcours tonifié par sa personnalité dynamique et son incroyable contact avec des auditeurs qui, il faut bien le dire, téléphonent aux émissions qu’elle animera l’une après l’autre, plus pour échanger avec elle quelques mots que de se frotter aux questions des jeux qu’elle présente depuis six ans.

L’émission « Point par point », dont la conception et la production est de Mouloud Maatoub et réalisée par Souad Medja (à droite de la photo ci-dessus), ne durera qu’une année, tous les jours de la semaine. Une programmation qui reliait les citoyens algériens, sur la route, à leur travail ou à la maison, créant un monde « parallèle » qui donnait envie d’ouvrir ses dictionnaires pour apporter des réponses aux questions malicieuses de l’animatrice ... Bien sûr, elle ne se cantonnera pas à cela puisqu’elle présentera une grande émission, animée et réalisée par Yazid Aït Hamadouche qui n’est autre que l’animateur-réalisateur d’une autre émission consacrée à l’univers télévisuel et aux « accros » du petit écran. Elle surenchérit avec « Awtar », émission télévisée consacrée à la musique algérienne sur Canal Algérie, au cours de laquelle elle recevra des grands noms de la variété algérienne comme Saloua (dite Madame), Nadia Benyoucef, Khaled, Mohamed Lamine ou Biyouna.
Hayat-Eddine Khaldi sera l’invitée de l’émission musicale « Va y avoir du son » où chaque invité propose une « play » personnelle basée sur un choix de trois chansons qui se rattachent à des souvenirs personnels. Cette émission, animée par Amel Feddi et Hakim Cheniti, connaît un grand succès auprès des jeunes algériens. Ce parcours étonnant d’une jeune femme qui se destinait à la forêt et à l’environnement, ne l’est pas tant que cela parce que, dans son milieu proche, l'esprit d'ouverture préexiste car, il faut le préciser, elle n'est autre que la nièce, du côté maternel, de l’historien Amar Belkhodja, lequel citera respectivement l'animatrice et sa mère (qui lui apportera son aide dans sa recherche d'informations sur le poète Himoud Brahimi dit Momo dans son livre consacré au chantre de la Casbah (vieille ville) d’Alger et disparu en 1997. De cette esprit d'ouverture sur le monde, on peut dire que le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre.
Arabian People & Maghrebian World tient à remercier Hayat-Eddine Khaldi pour avoir bien voulu répondre à toutes ses questions.

vendredi 13 août 2010

Kadda Cherif Hadria : le Raï se meut en silence...


Silhouette fragile comme paille pliant sous la tempête alors qu’il dégage un certain calme, tenue modeste et traits marqués,
Kadda Chérif Hadria retient le regard avant que de l’avoir écouté. Et l’on est plus encore étonné d’entendre sa voix quand il chante, une voix puissante surgissant comme celle d’un baryton-martin, pleine et ne laissant aucun vide dans l’espace. Je l’ai rencontré en juillet mais n’étant pas très au fait de certains styles de musique, je n’avais pas mis de nom sur cette personnalité aux allures à la fois tourmentées et sereines. Nous avions parlé de choses et d’autres et, la curiosité naturelle venant, il me dira être chanteur mais qu’il ne chantait plus depuis un bon moment en raison d’un accident qui le laissera dans le coma pendant plusieurs jours : il marchait avec une légère gêne bien que gracile si tant est que l’on peut parler de gracilité chez un homme. Pour Arabian People & Maghrebian World, je lui demandai son nom : Kadda Chérif Hadria. Son accompagnatrice et chargée de presse Chantal Perrin promit de nous adresser un press-book dès que possible.

Et nous voici : une voix chargée d’un certain style, celui du Raï, chant populaire de l’ouest algérien aujourd’hui mondialement connu. Mais ce que l’on ne sait pas, c’est ce Raï qui sort des entrailles, qui déchire les tripes et vous enveloppe d’une chape tragique aussi envoûtante qu’un narguilé en fin de soirée. Le Raï de Kadda Chérif Hadria, c’est celui d’une Cheikha Remitti (aujourd’hui disparue, la maîtresse divine du Raï) auquel il ajoute une voix prenante, rappelant une autre voix disparue de l’ouest algérien, Ahmed Wahbi, qu’il admire, et enfin les inflexions de Blaoui Houari dont on pourrait même dire qu’il en est le jumeau vocal.

Bien sûr, ses titres jouent aussi sur les consonances jazzy et même avec un soupçon de reggae comme on l’entendra dans l’une de ses compositions. Le violon de Mohamed Mokhtari (Premier violon de l’Orchestre national algérien des années 70-80, qui accompagnera les plus grands de la musique algérienne) apporte la douceur à la rudesse parolière et musicale et le saxophoniste Mustapha Mattaoui et le trompettiste Arthur Simon lui donnent cette touche de jazz qui transporte le Raï naturel de Kadda Chérif Hadria dans l’univers du Raï d’aujourd’hui. Lorsqu’il sortira son titre « Djezaïr », le mensuel Les Inrockuptibles, très au fait de la musique Raï, parlera de lui dans son édition du 2 octobre 2001 ainsi : « un artiste parfaitement original, riche d’un univers audacieux, entremêlant mélodies et rythmes traditionnels arabes aux sonorités les plus contemporaines par la grâce d’arrangements malins empruntant autant au jazz qu’au rhythm’n’blue [...] Kadda Chérif Hadria poursuit avec Djezaïr sa quête d’une musique qui embrasserait les cultures du monde méditerranéen ».

Le puriste aurait, certes, préféré entendre une voix pareille avec seulement un bendir (sorte de tambourin large et plat) et un naï/gasba (flûte orientale/algérienne) car l’on aurait pu se délecter de ses chaudes tonalités, aussi rocailleuses que le littoral algérien, avec ses pentes escarpées qui plongent abruptement dans la mer Méditerranée tandis que ses sommets se couvrent de la douceur des arbres pareille aux « Amane amane, ya bouya ya bouya », ce mawwal algérien qui se chante avec des inflexions andalouses dans l’ouest algérien et vous prend à la gorge.


Dites-nous, Kadda Chérif Hadria, quand donc redonnerez-vous de ces instants avec la nostalgie du Raï, qui fut une révolution aux abords du 19e siècle algérien, repoussant les bien-pensants dans leurs retranchements rigides, apportant un souffle précurseur plus qu’un insipide « Aïcha » qui sacrifie à la commercialisation et à une « modernité » qui n’apporte rien ?
Après son accident, Kadda Chérif Hadria a arrêté de chanter. Le rêve brisé ? L’élan épuisé ? On ne le sait car nous avons eu la pudeur de ne pas aller plus loin dans notre questionnement. Cependant, s’il pouvait relancer le Raï à la « Hadria » et ce souffle de liberté, il redirait cet amour d’un pays qui lui a donné cette maturité généreuse, ce « rouh musiqi » (âme musicale) car, comme il nous le dira, en touchant la place de son cœur : « je chante surtout l’Algérie car l’Algérie est à l’intérieur de moi ».
Pour l’instant, Kadda Chérif Hadria devrait se produire prochainement dans un concert parisien.


F.C-A.

mardi 10 août 2010

Nassima Bouslah, poétesse et romancière algérienne


« La stature d’un écrivain ne se mesure pas par le nombre de ses écrits mais plutôt par le nombre de feuilles qu’il a déchirées »
Nassima Bouslah


Par Monia Boulila

Nassima Bouslah est née, le 2 avril 1979, à Constantine (Algérie). C’est là qu’elle a eu son baccalauréat section Sciences naturelles et Sciences de la vie en 1997. Elle obtient, ensuite, la licence en Langue et Littérature arabes en 2001, un master en Littérature populaire et Etudes du patrimoine avec « mention très bien » en 2005.  Nassima Bouslah a occupé le poste de maître assistant dans le département de langue et littérature arabes à l’université Mentouri de Constantine en décembre 2006 et où elle y restera jusqu’au mois de février 2009 avant de partir et s’installer aux Emirats Arabes Unis.

Parmi ses publications et études, on compte : - « Les prémices de la tempête », son premier recueil de nouvelles édité par le ministère algérien de la Culture, Alger 2004 ; - « Le code dans la poésie algérienne contemporaine », étude publiée par le ministère algérien de la Culture, Alger 2004 ; - « La dialectique de l’amour et de la mort dans le roman d’El Boughi », étude publiée par le ministère algérien de la culture, Alger 2009 ; - « L’oiseau et le collier » : lecture interprétative des contes populaires aux Émirats Arabes unis, étude édité par Dar El Fajr, Aboudabi, 2009 ; - « Le deuil du Tango » recueil de poésie – Dar Nino, Damas 2010. De même qu’elle a publié des études dans des revues indexées sur les thèmes du conte populaire et le patrimoine (2). Elle a reçu plusieurs prix et distinctions dont les plus importants : le prix du Président de la République algérienne pour les meilleures œuvres de poésie en juin 2008 et le Prix de Dubaï pour la culture pour son recueil « Le deuil du Tango », en octobre 2009 (2).

Pour  Nassima Bouslah, l’écriture littéraire ne doit pas obéir forcément aux règles imposées par l’académique et qu’elle reste fidèle au texte comme il vient, refusant de l’arranger et de le soumettre aux normes académiques. C’est que le texte littéraire est un secret qui dévore son écrivain pour paraître ensuite dans toute sa beauté.
Ainsi la stature de l’écrivain ne se mesure pas par le nombre de ses écrits mais par le nombre de feuilles qu’il a déchirées !

العكاز

العكاز فرار الخطوة من الوأد
العكاز نجاة النعل من المسبة والرجل من الآخرة
عكاز
للكلام المورم بالصمت عكاز
للعين التي تعرج بالعمى
عكاز
للبحر الذي يحتاج أن يصبح جبلا من الملح والأسماك والغرقى
عكاز
للجبل الذي يؤدي صلاته دائما واقفا
عكاز
للغيم الذي تشظيه الشمس
عكاز
للشمس التي تنتفخ قدماها من نعال الوقت وهي واقفة فوق الرؤوس
عكاز
للمفتاح الذي يعرج بالصدأ كي يصل إلى قفل خاطئ
عكاز
للسمكة التي نسيت أن تكمل قدميها وهي تتكون
عكاز
لأصغر عقرب في الساعة التي تحب أن تحدث الأشياء عندها قبل الآخرين
عكاز
للحائط الذي يتكئ علينا لأن ظهورنا من الاسمنت
عكاز
لكل الأشجار التي شرخت في جذوعها لكي تصير عكازا
عكاز
للظل حتى لا يبقى بائسا وطويلا ورماديا
عكاز للأسود في الرمادي كي يصير أسود
عكاز للأبيض في الرمادي لكي يصير أبيض
عكاز
للماء كي لا يصعد عطشا إلى فوهة الغيم
عكاز
للصرير الذي خذلته أنبوبة القلم الفارغة
عكاز
لهذا الكون الذي هو أعرج ورث كشحاذ
عكاز
للنوم كي ينقر الوسادة بالنوم
عكاز
لكم انتم الذين تنبتون في رأسي كحدائق الفطر السحري
أنتم... أبالسة النية الثرثارة، الذين ترقعون الخطوة بالخيط، والنعال بالصمغ، كيف
أقتلكم جميعا
وأنااااام
La béquille
C’est la fuite du pas pour ne pas être enterré vivant
La béquille
C’est le sauvetage de la chaussure de l’insulte et du pied de l’Au-delà…
Une béquille
Pour les paroles tuméfiées par le silence
Une béquille
Pour l’œil qui boite de cécité
Une béquille
Pour la mer qui a besoin de devenir une montagne de sel, de poissons et de corps noyés.
Une béquille
Pour la montagne qui accomplit sa prière toujours debout
Une béquille
Pour le nuage éclaté par le soleil
Une béquille
Pour le soleil dont les pieds sont gonflés par les chaussures du temps tout en restant debout au-dessus des têtes
Une béquille
Pour la clé qui boite de rouille pour atteindre une serrure erronée
Une béquille
Pour un poisson qui oublie de se doter de pieds lors de sa création
Une béquille
Pour la plus petite aiguille de la montre qui désire que les choses se passent avant tout en elle et avant les autres
Une béquille
Pour le mur qui s’adosse sur nous car nos dos sont de ciment
Une béquille
Pour les arbres qui ont été mutilés de leur tronc pour devenir béquille
Une béquille
Pour l’ombre, pour ne pas être misérable, longue et grisâtre
Une béquille
Pour le noir-gris pour qu’il soit noir
Une béquille
Pour le blanc-gris pour qu’il soit blanc
Une béquille
Pour l’eau pour que de soif, elle évite de faire son ascension à l’ouverture du nuage
Une béquille
Pour le grincement trahi par la cartouche vide du crayon
Une béquille
Pour cet univers boiteux et pauvre comme un mendiant
Une béquille
Pour le sommeil, pour qu’il pique l’oreiller par le sommeil
Une béquille
Pour vous qui poussez, dans ma tête, comme des champs de champignons magiques
Vous
Les démons de l’intention bavarde qui raccommode le pas par le fils
Et les chaussures par la colle
Comment puis-je tous vous tuer
Et je m’endoooooooooors ?
_________________________________
(1) Comme « Le conteur populaire dans le patrimoine narratif constantinois. Le cas d’« El Boughi », publié en langue arabe dans Insanyat n° 35-36, la revue algérienne d’anthropologie et de sciences sociales du Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle.
(2) En 2005, elle reçoit le 2e prix du concours de la meilleure création poétique, confié à l’association Assouat El Madina par la Wilaya de Constantine. à l’occasion du 50e anniversaire de la révolution du 1er Novembre 1954.

dimanche 1 août 2010

L'été des festivals : 6e festival de Djemila

Un autre lieu antique a connu l’effervescence culturelle des festivals d’été : Djemila, cité romaine (Sétif, à l’est de l’Algérie).
Le 6e festival arabe de Djemila, commencé le 22 juillet 2010, a pris fin hier, le 31 juillet. Une ouverture remarquée car l’on y a donné « Zanobia, maliket Echarq » (Zénobie, reine d’Orient), spectacle dont la mise en scène et chorégraphie sont de Jihad Mefleh, qui n’est autre que le directeur de la grande formation syrienne de danse, Inana.
Baalbek était représentée par l’un de ses fils, Assi el-Hillani, lequel était déjà venu au festival de Djemila.
D’autres artistes venus de pays du Maroc, avec la chanteuse Latifa Raefat, de la Tunisie avec Saber Rébaé, d’Arabie Saoudite avec le chanteur Waed.
Mais l’Algérie aussi a offert un grand plateau de talents qui, bien sûr, chanteront le Raï, musique très prisée par les jeunes algériens, comme, par exemple, Chebba Djemila, Cheb Bilel, Hakim Salhi, Cheb Yazid, ou comme Naïma Ababsa (photo à gauche) qui est la fille de l’un des grands noms de la musique populaire algérienne, le cheikh Ababsa, ou encore, Abdelkader El-Khaldi, Bekakchi El-Kheier.

L'été des festivals : Festival international de Baalbek


Le festival international de Baalbek est, sans conteste, l’un des plus anciens événements du Proche-Orient arabe car il fut inauguré en 1956, en présence de Jean Cocteau alors. Bien sûr, la carrière du festival fut interrompue durant une vingtaine d’années par la guerre et ne reprit qu’en 1996.

Dans un lieu mythique, Baalbek, cité antique où les temples de Jupiter et de Bacchus se contemplent depuis des siècles, la musique, la danse traditionnelle et moderne et le théâtre donnent un spectacle grandiose avec des noms prestigieux comme les frères Rehbani, concepteurs de comédies musicales réputés, la cantatrice libanaise Fairouz ou, pour cette édition 2010, le grand ‘oudiste Naseer Shamma, un précurseur dans l’évolution du célèbre luth oriental puisqu’il joue avec un instrument composé de huit cordes au lieu des six cordes classiques. Le musicien-compositeur, qui a fondé une école au Caire, est accompagné de trente élèves qu'il a formés.
Les derniers jours du festival verront un spectacle de Melhem Barakat et Ghassan Rahbani, « Beaucoup d’amour... tue » qui a pour thème le conflit (pas méchant) entre la musique orientale et la musique occidentale. Le festival qui a ouvert ses portes le 24 juin dernier avec, notamment, un concert pop de Mika, chanteur d’origine libanaise, se terminera le 7 août avec la comédie de Barakat et Rahbani.

 Renseignements :
Tél. : +961 1 373150 /1/2
Mob. : +961 3 041006 /7
E-mail : baalbeck@baalbeck.org.lb
Website : http://www.baalbeck.org.lb/

jeudi 22 juillet 2010

Voix de la Méditerranée : festival à Lodève

Le 13e festival Voix de la Méditerranée qui a ouvert ses « Voix » à Lodève (France), le 17 juillet dernier, prendra fin dimanche 25 juillet 2010.

Créé en 1998 et patronné par l’Unesco, avec le soutien de la Mairie et l’Institut du Monde arabe, le festival accueille chaque année près d’une centaine de poètes, conteurs, écrivains, chanteurs et musiciens issus des rives de la Méditerranée.
Une part belle est faite au monde du Maghreb et Proche-Orient arabe. C’est ainsi que l’on enregistre la participation des participants venus de ces rives ...

Algérie : Abdelhamid Laghouati, Jamel Eddine Bencheikh, Zineb Laouedj, Achour Fenni, Hamid Tibouchi (artiste peintre également), Habib Tengour (parmi ses écrits, « Poisson de Moïse »), Salima Aït Mohamed, Hadjira Oubachir, Mohammed Kacimi, Rabia Jelti, Abderrahmane Djelfaoui, Azeddine Maïhoubi, Ibrahim Seddiki, Rachid Boudjedra (auquel L’Ivrescq, la revue algérienne de littérature, a consacré son dernier numéro – cf. notre article publié sur cette publication en juin dernier), Fouzia Laradj, Lazhari Labter (éditeur mais aussi poète et auteur tout récemment de « La cuillère et autres petits riens »), Boubakeur Zemmal, Nadjib Anzar, Samira Negrouche, Mustapha Benfodil, Nassira Mohammedi, Miloud Hakim (directeur de la Culture de la Wilaya de Tlemcen, auteur de « Les escaliers de l’obscurité »), Ali Meghazi, Azerradj Ouamar.
Abderrahmane Djelfaoui, « Le mûrier »
« Le mûrier s'imbibe / de lumière / laissant ses feuilles vertes / s'égoutter de vent /Au cœur des branches / sommeillent des étoiles / oublieuses / de la règle des lunes Tel un Indien / il descend d'une peuplade / imperceptible A quoi bon / se dit-il / narines soufflées / sel sables et vents les yeux lents / rouges / comme la canicule / qui se rit d'une pluie à quoi bon / commander / à la colonne vertébrale / éveil de la nudité à quoi bon / d'un destin / peler / montagne du temps. »

Arabie Saoudite : Rym El-Fahd, Ibrahim Al-Housein, Ahmed Almulla, Mohammed Al-Herz, Abdullah Thabet, Ghassan Alkhunaizi, Hamad Al-Faqeeh.

Bahreïn : Qassim Haddad, Imane Assiri, Ibrahim Bu Indi, Sawsan Dahnim, Nabeela Zubari, Fatima Al-Taitoon. 
Qassim Haddad, extrait « Histoire de la pierre », traduction de Samira Ammou
« 1 A toi cette pierre ancienne. Je l'ai inscrite dans l'oubli d'une foudre passagère, Nom donné à la lettre qui n’est pas dans les paroles de la nuit. Je l'ai faite géométrie de la nature et, de ses feux.
2 Laisse ton eau cosmique écouter le lointain. Et tel un papillon, Attends que fredonne le cauchemar. Laisse s’écouler ta lignée dissipée. Laisse ta voix d’eau me lire. Et laisse-moi en sombrant dans le désir du texte-océan, Fouiller les exégèses des significations. Peut être nous réfugierons-nous alors, dans ton paradis ouvert à tous.
3 Tu te tiens à côté d’une pierre Qui entend le séisme étouffé dans le cœur. Quelqu’un tourne autour de toi depuis des siècles. De toi, il n’entend que le silence, Sans rien comprendre. Ne sous-estimes pas la pierre. Elle garde tes secrets ; Et par cœur, Elle apprend les métamorphoses du sang dans ton cœur. Une pierre se tient à côté de toi On dirait ton sosie ancien.
4 Tu n’es point tout seul Avec la pierre. »

Egypte : Mohamed Farid Abou Seeda, Ahmad Yamani, Bashir Al-Sebaï, Mohamed Ibrahim Abou Senna, Mohamed Metwally, Abdel Moneim Ramadan, Safaa Fathy, Osama Danasori, Gamal Al-Kassas, Ghada Nabil, Rana Al-Tonsi, Iman Mersal, Zahra Yostri, Hoda Hussein, Nagat Ali, Karim Abdel-Salam, Imad Hassan Abou Saleh, Yasser Adel-Latif, Wael Abdel Fattah, Fatma Kandil.
Mohamed Metwaly, extrait de « La sainte de l’arbre », traduit de l’anglais par Ghislaine Le Dizès
« Elle a hissé son corps entre deux branches d’arbre, dans l’allée boisée d’une banlieue Plusieurs personnes lui ont demandé de descendre, Prétextant qu’ils étaient inquiets, Mais elle ne leur a pas jeté un regard. D’autres ont simplement suspendu leurs têtes dans l’air pour un moment, L’observant tandis que leurs pieds continuaient de marcher. Elle leur a souri. C’est une chose commune, par les temps qui courent, de voir une femme nue au sommet des arbres dans quelque banlieue. Et, pour le prouver, pas un des chiens qui passaient n’a objecté. Ils ont juste aboyé leur bref salut, aussi rugueux que l’écorce, Et ont passé leur route. »

Emirats Arabes Unis : Maisoon Saker, Nujoom Alghanem, Khaled Albudoor.

Irak : Saadi Youssef (Prix international Argana 2009, auteur prolifique de recueils de poésie et d'un roman « Le triangle du ciel »), Kadhim Jihad (traducteur d’auteurs comme Gilles Deleuze), Abdel Kader El-Janabi, Sargon Boulus, Salah Al-Hamdani, Khalid Al-Maaly, Fadhil Al-Azzawi, Samuel Shimon, Basem Al-Meraiby, Hashem Shafiq, Karim Fawzi, Gulala N’Ahmed.
Kadhim Jihad, « Extases »
« Pays-limite, temps en lisière du temps, l’exil a voulu que j’oublie les multiples étapes de ma fatigue, les noms des fleurs et le parfum des roses, les échelles des sentiments que je savais, jadis, divers et hiérarchisés, ainsi que les oiseaux et les strates du désir. Aujourd’hui, je me vois envahi,dans la même journée, d’innombrables extases – et je ne trouve jamais son vrai nom pour une chose, ni à un nom sa chose. Je pense au moindre point de cette contrée lointaine et je maudis l’oubli. Je rêve d’une enfance retrouvée, je parle d’avenir. Je frôle la pourpre des anémones et la déclare papillon. Je vois des nuages en fuite et crie : mes superbes montures ! »

Jordanie : Amjad Nasser, Taher Riad, Hussein Jelaad, Zeyad Alanani, Hikmat Nawayseh, Walid Alswairki.

Liban : Claire Gibeyli (auteur de « Dialogues avec le feu : carnets du Liban », de « Cantate pour l’oiseau mort » qui fut son premier roman), Ismaïl Faquih, Issa Makhlouf, Joumana Haddad, Tamirace Fakhoury, Mohammed Ali Chemseddin, Vénus Khoury-Ghata, Salah Stétié (auteur de plus d’une cinquantaine d’ouvrages dont « Les sept dormants au péril de la poésie », un thème récurrent et que l'on retrouve chez la poétesse franco-tunisienne Amina Saïd), Abbas Beydoun (auteur du magnifique recueil « Le poème de Tyr » traduit par Kadhim Jihad), Abdo Wazem, Sabah Zouein, Akl Awit, Inaya Jaber, Wadih Saadeh, Paul Chaoul, Antoine Boulad, Yehia Jaber, Youssef Bazzi, Fidel Seity, Ritta Baddoura, Etel Adnan (auteur de plusieurs ouvrages de poésie et romans comme "Sitt Marie-Rose" paru aux Editions Tamyras), Sabah Zouein, Iskandar Habache.
Abbas Beydoun, extrait « Le poème de Tyr »
« Qui suis-je, pour vous guider, pour vous montrer les pierres sur lesquelles nous sommes nés reptiles, au moment où la ville levait sa tête depuis la mer ? Elle nous nourrissait de soleil et de sel et, dans le creux de nos mains, nous avons mangé du poisson vivant. Les eaux nous soulevaient au-dessus de la pierre, tandis que nous apprenions, tous les jours, des mots et pensées nouveaux. Nous étions couverts de sable quand nous nous réfugiâmes sur les rivages. Nous nous sommes abandonnés aux laveurs de sable qui nous enveloppèrent d’écume mûrie à la brise nocturne ; et sous une vague, nos sortîmes de nos coquilles. »

Libye : Khaled Darwish, Khaled Mattawa, Mohamed Abdulghani El-Kish, Abdussalam Al-Ujaili, Abdul Fattah Elbishty, Habib Assanoussi, Hawa Alkamoudi, Idriss El-Tayeb Al-Amin, Abo Kasem Mazdawi, Saleh Al-Reda, Salem El-Oukaly, Khouloud Alfaleh, Salem Souad.

Maroc : Mohamed Serghini (prix international de la poésie Argana en 2004), Mustafa Nissaboury, Hassan Najmi, Wafaa Lamrani, Hassan El-Ouazzani, Abdelatif Lâabi (le fondateur de la revue « Souffles » en 1966), Abdallah Zerika, Yassin Adnan, Mohamed Bachkar, Abdelmajid Benjelloun, Mohammed Hmoudane, Abderrahim Elkhassar, Abed Alkarim Altabal, Mohammed El-Amraoui, Mohammed Bennis, Mahmoud Abdelghani, Siham Bouhlal (auteur notamment de "Princesse Amazighe" paru chez Al-Manar), Moubarak Ouassat.
Abdelatif Lâabi, « Tribulations d’un rêveur attitré »
« Ce n’est pas une affaire d’épaules ni de biceps que le fardeau du monde Ceux qui viennent à le porter sont souvent les plus frêles Eux aussi sont sujets à la peur au doute au découragement et en arrivent parfois à maudire l’Idée ou le Rêve splendides qui les ont exposés au feu de la Géhenne Mais s’ils plient ils ne rompent pas et quand par malheur fréquent on les coupe et mutile ces roseaux humains savent que leurs corps lardés par la traîtrise deviendront autant de flûtes que des bergers de l’éveil emboucheront pour capter et convoyer jusqu’aux étoiles la symphonie de la résistance. »

Oman : Saif Alrahbi, Zaher Algahafiri, Mohammed Al-Harthy, Saleh Al-Amri, Issa Samaa.
Saif Alrahbi
« Elle se réveille au bout de la nuit Elle jette un œil sur le boulevard vide, Sauf des souffles saccades, qui la traversent D’un temps à autre. Seul, le sommeil marche, en vadrouillant Entre ses tribus barbares, Devant lui un groupe de nains. Là-bas des têtes irréelles regardent d’une fenêtre Les restes de la neige collante avec les bords, comme Si elles regardent sa dernière part D’héritage des ancêtres. Les lanternes se poussent avec les épaules, venant Des cavernes anachroniques Qui n’emportent aucun secret. Le ciel est vacant des étoiles Les chameaux traversent le désert en cherchant Les tentes de la tribu Les trains rêvent des voyageurs. Aucune personne … rien Ferme le rideau Peut-être tu ne peux pas supporter La Seine d’une ville qui se réveille. »

Palestine : Imad Saleh (auteur entre autres de « Prières de lumière » dont Marc Dehez dira qu’il « est une étape importante de son voyage intérieur, au côté de son peuple. Imad a retrouvé ce qui est au fond de toute âme humaine : la puissance de l’amour, les mystères des origines... »), Mohammed Zakaria, Siham Daoud, Mustapha Ateek, Salman Masalha, Jihad Hudaid, Anas Alaili, Tarek Al-Karmi, Basem Alnabriss, Khaïri Mansour, Ghassan Zaqtan, Bashir Shalash, Naser Jamil Shaath, Mazen Maarouf, Zuhair Abu Shayeb. 
Rasem Almadhon qui devait être présent, n'a pu participer au festival pour avoir reçu un refus de visa, ainsi qu'il l'a écrit à notre correspondante Monia Boulila : aucun motif ne lui a été donné et il est dommage que la poésie soit ainsi sanctionnée quand les poètes de par le monde oeuvrent pour se rencontrer et faire entendre leurs Voix sans distinction et sans discrimination aucunes. Le poète palestinien n'a pas eu assez de temps, lors du traitement de sa demande de visa, de sorte que les organisateurs du festival puissent intervenir.
Imad Saleh, L’ami éternel in « Prières de lumière »
« Il a traversé des siècles de souffrances, Intact et splendide, Pour annoncer des matins de fêtes Sur cette terre d’amour et de soleil Pour pouvoir enfin, entre vos larmes et vos paupières, Signer son nom éternel : l'Espoir. »

Syrie : Salwa al-Neimi (auteur de « Borhan el-Assal »/La preuve par le miel, un livre qui bousculera bien des personnes), Nazi Abou Afach, Nouri Jarah, Aïcha Arnaout, Maram Al-Massri, Faraj Bayrakdar, Ahmad Sleiman, Bandar Abdelhamid, Mohammed Fouad, Mohamed Hussaini, Omar Kaddour, Monzer Masri, Saleh Diab, Roula Hassan, Hazem Alazmah, Hussein Ben Hamza, Hussain Elshaikh, Hanadi Zarka, Aref Hamza.

Tunisie : Béchir Kahwaji, Mohammed Ghozzi, Moncef Ghachem, Abdelwahab Meddeb, Moncef Mezghanni, Slaheddine Haddad, Amina Saïd, Tahar Bekri, Abderrazak Sahli, Khaled Najar, Moncef Louhaïbi, Tarek Ben Chaabane, Amel Moussa, Abdelaziz Kacem, Najat Adouanii, Sami Nasr, Jalel Babay, Aymen Hacen, Azouz Jemli, Abdelfatah Ben Hamouda, Youssef Khadim Allah, Muhammed Awlad Ahmad, Maha Ben Abdelhadim.
Béchir Kahwaji, trois poèmes traduits de l’arabe par Mohamed Rafrafi (lui-même poète et auteur de « L’écume des mers »)
« Si une ville / aussi vaste que mon rêve / Si un automne / sans orangers / Si un train dans l'étendue…
--- Je me rappelle / avoir donné aux choses / Noms et fonctions / Pour qu’un ancien automne / Ne vienne remplacer le prochain.
--- Trouble, le chemin vers toi. / Eteintes sont tes lampes. / Entre mon désir et ton éloignement, / les nuages de cet éternel automne. / (Je me perds dans la parole comme si je pleure une patrie ou un amour) / Sans toi, je ne serais dans le poème / qu’amas de vides, / de voix ténébreuses / Et de mélancolie. / (Ni patrie, ni Histoire, mais seulement ces mots brisés comme du verre) ».

samedi 17 juillet 2010

Voyage en Algérie : à la rencontre de Farid Benyaa, peintre et plasticien


Farid Benyaa.
Photo Arabian People & Maghrebian World.

Arabian People & Maghrebian World a eu le bonheur de rencontrer, en mars dernier, le peintre-plasticien Farid Benyaa, en sa galerie située sur les hauteurs de la capitale algérienne. Rencontre rarissime car Farid Benyaa fait partie des grands noms de la peinture algérienne et même s’il est d’un abord engageant, il n’en demeure pas moins qu’il est un « Maître » et c’est avec beaucoup de déférence que l’on aborde une telle personnalité.

Dans sa magnifique galerie, ouverte en novembre 2000, tout prête au silence et à la délectation : le décor puriste, dans les tonalités du blanc et du noir, les sculptures aux lignes dépouillées. La lumière intérieure est subtilement mélangée à celle du soleil et des murs d’un blanc monacal.

On plonge dans la rencontre avec les œuvres exposées avec attention car tout sollicite le regard et de ce fait, tout est silence. Pour mieux voir. Habituellement, nous sommes au fait des couleurs que Farid Benyaa rend dans ses toiles. Ce jour-là, c’était une symphonie en noir et blanc. Au-delà du trait rigoureux de l’architecte – car le peintre est sorti de l’Ecole polytechnique d’Architecture et d’Urbanisme d’Alger – il y a ce plus, ces détails, renforcés par l’encre de Chine alors que d’habitude cette technique rend la scène comme figée, il y a donc cet ensemble de peinture, de traits pleins, de jeux du noir et blanc des tableaux exposés, qui font que l’on se prend au jeu de la recherche en profondeur...

Galerie Farid Benyaa.
Photo Arabian People & Maghrebian World.
... comme cette merveilleuse jeune épousée où pudeur, sexualité transcendée planent sur les yeux baissés sous un front alourdi par la coiffe d’apparat et traditionnelle des mariées algériennes...

... ou comme cette superposition de visages féminins dont le regard profond est comme une fêlure, déchirant le fond blanc de la toile.

C’est « mettre en scène l’invisible » : couleurs ou encre de Chine, peinture ou aérosols, tout éclaire cet invisible que l’œil observateur débusque au détour d’une volute, d’une main, d’un regard baissé mais laissant filtrer la pupille, la cambrure d’une hanche ou la fougue d’une monture. Farid Benyaa regarde, prend ce que son œil voit depuis l'intérieur de l'objet ou du corps, ce que son inspiration dévoile. Il déshabille le silence pour le rendre parlant, il s’attarde sur la pose d’un musicien. Ou s’extasie sur la luxuriance d’une ruelle de la Casbah, lui qui travaillera durant trois ans à sa restauration avec une équipe de l’Unesco. Entre plusieurs expositions en Algérie et à l’étranger (Genève, Ankara, Paris ...).
Oeuvre de F. Benyaa.
Photo Arabian People & Maghrebian World.
Reproduction interdite sous peine de poursuites.

Cependant, le Maître n’est pas seulement rivé à sa toile, il a d’autres univers qu’il met en scène, dans cette galerie qui, il faut le dire, prête à s’y asseoir longuement pour absorber la beauté finement ciselée de tout ce qui vous entoure : la culture avec un grand « C » où pianistes et violonistes de talent, poètes, romanciers, philosophes, comédiens, conférenciers d’Algérie et d’Ailleurs sont au rendez-vous : « soirée théâtralisée » sur Nizar Kabbani, lecture-débat autour de « On dirait le Sud », roman de Djamel Mati, en présence de poétesses et romancières comme Nadia Sebkhi, ou manifestation culturelle avec une exposition autour du thème « Journée internationale de l’enfance ».







Galerie F. Benyaa.
Photo Arabian People & Maghrebian World.
Farid Benyaa est un esthète. Rarissime dans un pays qui cherche à respirer ... et c’est cette idée qui est la trame de la création des rencontres mensuelles « Point de vue » où un parterre de personnalités du monde de la culture et de personnes en recherche d’espaces se réunit pour discuter, penser sur de grands et petits thèmes comme parler dans l’absolu, parler de soi ou des autres sans jugement et, surtout, «être une voix et non un écho»...

Galerie Farid Benyaa
4, rue de Picardie 
Les Castors II
Bir Mourad Raïs
Tél. (+213) 21 44 76 65
Mail : galerie@benyaa.com
Site : www.benyaa.com
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